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            Est-il besoin de venir à la messe pour découvrir l’art de la filouterie ? On peut se poser la question en entendant cet évangile, qui semble tiré, et l’a d’ailleurs peut-être été, de la page des faits divers de l’Écho du Temple ou de de Jérusalem-Soir. Mais reprenons les faits de cet étrange épisode, entre récit et parabole. Le gérant fut dénoncé à son maître, qui le chassa, mais qu’avait-il réellement fait, cela ne nous est pas dit. L’intérêt, d’emblée, ne se porte pas sur une leçon de morale, où les filous seront punis (et ce n’est d’ailleurs pas comme cela que l’histoire se termine), mais sur l’habileté d’un homme sans scrupules. En quoi consiste sa ruse ? À chacun des débiteurs de son maître, il fait une remise colossale, quasiment l’équivalent de 2 années de salaire d’un ouvrier. Ceux qui deviennent ainsi complices de son escroquerie se trouvent liés : dans leur propre intérêt, ils ne diront rien, et le gérant, qui, lui, n’a plus rien à perdre, peut au besoin les faire chanter. Ils sont donc devenus ses « amis », pour reprendre le mot de Jésus, comme on peut l’être dans le monde des affaires, où les sourires sont aussi faits pour montrer les dents… Mais l’essentiel est que, en un tournemain, notre homme a sauvé sa vie. C’est en cela que consiste son habileté, et même, nous dit le texte, son bon sens, sa sagesse : oui, comme l’intendant vigilant et avisé que son maître trouvera en train de veiller (Lc 12,42), comme Joseph, fils de Jacob, intendant sage de Pharaon au temps de la disette en Égypte.

 

          En quoi consiste sa sagesse ? Non pas dans le fait d’avoir volé, mais d’avoir subordonné le matériel, le périssable, à ce qui est promis aux « demeures éternelles », le souffle de l’homme, son âme et sa vie. Il faut ici se souvenir d’autres appels de l’évangile à une conversion pressante en vue d’avoir la vie : la parabole du figuier stérile, quelques chapitres plus haut, qui échappe de peu à l’abattage, et va sans doute se ressaisir, stimulé et engraissé par son vigneron miséricordieux (Lc 13,6-9). Ou l’exhortation, en cas de litige, à le régler au plus vite à l’amiable, plutôt que de risquer d’être traîné jusqu’en prison (Lc 12,58-59). On voit que Jésus ne donne pas ces exemples pour nous fournir un code de bonne moralité, sur les choses à éviter et celles qui nous achèteraient le paradis. Au contraire, il ne fait appel qu’à notre liberté, à notre capacité d’êtres créés à l’image d’un Dieu libre, pour « choisir la vie ». Ce choix, celui que n’ont pas fait Adam et Ève, mais que le Deutéronome et toute la Loi enseignent de mille façons, ce choix est premier. Dans la mesure où il nous oriente vers l’auteur de la vie, en un mouvement dit de conversion, alors découlera, de ce choix initial, un comportement nouveau, selon la morale et la sainteté.


          Dans ce comportement d’hommes et de femmes dont « la cité est dans les cieux », pour reprendre une image de saint Paul (Ph 3,20), une chose est sûre : il faut garder ses distances avec l’argent trompeur. Luc le qualifie même de Mamôn, une idole qui se fait passer pour quelque chose de solide, de sûr, comme dans le mot Amen. Or, le Christ est formel : « Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent ». Autrement dit, ayons le bon sens de rendre à Dieu ce qui est à Dieu, et à Mamôn ce qui lui revient. L’usage de l’argent est inévitable, et, pas plus que le prophète Amos, Jésus ne prétend l’abolir. Mais il met en garde contre sa puissance d’injustice, « vous qui écrasez le malheureux pour anéantir les humbles du pays », pour reprendre les mots du prophète. Délicat à manier, l’argent, compris comme un vecteur d’échanges, doit au contraire servir à un bon commerce entre les hommes, par exemple en se ménageant des amis. Si le mauvais riche dont il sera question à la fin de ce chapitre de Luc s’était fait un ami de Lazare, le pauvre qui gisait à sa porte, Abraham aurait été sensible à sa supplication et lui aurait ouvert les demeures éternelles. À nous, de même, revient la tâche de la justice, dont le bras armé est souvent couvert d’or ou d’argent. Le partage, l’aumône, le souci des pauvres, sont-ils des piliers de notre vie chrétienne ? Si c’est le cas, alors nous nous constituons « un trésor inaltérable dans les cieux » (Lc 12,33), car nous aurons rendu à l’argent son sens de serviteur de la charité. « Devenir des fils de lumière » (Jn 12,36) suppose cette désappropriation : la lumière en effet, nul ne sait d’où elle vient ni où elle va, nul ne peut la posséder. Mais elle se donne instantanément au cœur qui s’ouvre.

                

                                    Frère Guillaume

Vingt-cinquième dimanche du temps ordinaire

(Am 8, 4-7 ; 1 Tm 2, 1-8 ; Lc 16, 1-13)

Homélie du vingt-cinquième dimanche du temps ordinaire

18 septembre 2022

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