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                La logique de ce maître de maison nous déconcerte, heurtant de plein fouet notre sacrosaint sens de l’équité : tout travail mérite salaire, mais au prorata du travail accompli, de l’effort fourni. Jésus n’était pas conseiller au cabinet de la ministre du travail… L’idée sous-jacente à cette parabole, un resserrement de la grille salariale évitant les écarts parfois aberrants entre les différents niveaux de rémunération, pourrait cependant n’être pas totalement incongrue, elle figure d’ailleurs dans la doctrine sociale de l’Église.

 

          Le monde économique que Jésus a en vue, qu’il connaît et dépeint ici, n’a pas grand-chose à voir avec le nôtre. Le savoir un peu aide à percevoir l’enjeu de la parabole. La Palestine de cette époque traversait une grave crise économique et les campagnes étaient peuplées de ces ouvriers cherchant embauche pour la journée, souvent anciens petits propriétaires ruinés. Dans ces conditions, le salaire journalier, ce denier qui n’est pas une valeur négligeable, devient un enjeu essentiel, une question de survie. Pas de travail, pas de denier, pas de pain à mettre sur la table le soir. On saisit mieux alors la réelle et souveraine bonté de ce propriétaire qui sort à cinq reprises embaucher des ouvriers, ce jusqu’à l’extrême limite des heures ouvrables : l’efficacité des derniers venus dans les rangs du vignoble n’aura sans doute pas été maximale, au moins repartent-ils avec de quoi se nourrir, eux et les leurs. De quoi justifier amplement la réponse du maître à l’ouvrier râleur : Ma générosité envers eux ne te lèse en rien. Oui, ils reçoivent la même somme que toi, parce que, comme toi, ils étaient aux abois, comme toi, ils se sont mis au travail à mon appel. N’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mes biens, de sauver le plus de vies que je peux ?


          À plus forte raison le questionnement vaut-il s’il s’agit de recevoir non le salaire d’un jour, mais le Royaume des cieux, d’être embauchés pour un Jour d’éternité où le soleil de nos vies, le Christ, ne connaît pas de déclin. La parabole nous pose alors deux questions.


          Quelle part de gratuité mettons-nous dans notre relation à Dieu, et donc aux autres ? La racine du murmure de ces ouvriers de la première heure n’est pas d’abord la comparaison avec ce que reçoivent les autres et le sentiment d’injustice vécu ; cela, c’est l’occasion, le détonateur. La vraie racine, c’est d’oublier qu’à eux aussi, il est fait grâce gratuitement. C’est une grâce, un don, d’être embauchés par le Seigneur, de travailler à sa vigne, de travailler à nous convertir. Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus confessait son absolue dépendance envers la miséricorde, ne serait-ce que dans le fait d’avoir été préservée, gardée, de la voie des plus grands péchés ; elle se mettait à la même table que les pécheurs, mangeant le même pain de miséricorde. Tout ce que nous pouvons faire de bien, c’est le Seigneur qui l’accomplit en nous, saint Paul l’affirme dans l’épître aux Philippiens (2, 13) : « Dieu est là qui opère en vous à la fois le vouloir et l’opération. Agissez en tout sans murmures. »


          D’où vient alors la jalousie si facilement présente en nous ? La question est redoutable mais doit être affrontée : « Ton œil est-il mauvais parce que moi, je suis bon ? » Parce que je suis bon : il y a inadéquation profonde, distorsion absolue entre, d’une part, le désir d’accaparement, la peur de manquer, la tentation de posséder l’autre, de le ramener à soi, au fond ce refus essentiel de l’altérité, refus que l’autre soit autre que moi, ait autre chose que moi, plus, moins, peu importe, et d’autre part, Dieu, qui est en lui-même échange, communion de Personnes autres se donnant l’une à l’autre, le Père au Fils et le Fils au Père, dans l’unité de leur identique amour divin, le Saint-Esprit. Ce Dieu unique et trine, Lui seul est, moi, je ne suis pas, sinon par lui qui me donne d’exister ; Lui seul a la Vie en lui-même, moi, je n’ai rien et n’aurai jamais rien que je ne le reçoive de lui. Mon travail, c’est de creuser en moi la pauvreté pour recevoir ce qu’il est et qu’il me partage, amour infini, infiniment comblant, infiniment ouvert. Pour que tous aient la vie.

     

       Frère Bernard 

Vingt-cinquième dimanche du temps ordinaire

 (Is 55, 6-9 ; Ph 1, 20c-24.27a ; Mt 20, 1-16)

  

Homélie du 24 septembre 2017

Vingt-cinquième dimanche du temps ordinaire

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