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            Ce récit de la guérison comporte des traits bien spécifiques qui lui donnent une vigueur extraordinaire : le bénéficiaire du miracle est un aveugle de naissance, la guérison a lieu un jour de sabbat, le miraculé subit deux interrogatoires éprouvants et se prononce par deux fois sur l’identité de Jésus ; il est expulsé de la synagogue et, finalement, Jésus, le rencontrant, prononce cette sentence énigmatique : « C’est pour un jugement que je suis venu dans le monde : pour que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles. »

Tous ces traits surprenants, inhabituels, visent à nous faire prendre conscience du double sens que revêtent vision et aveuglement. Il en est un – le miraculé – qui passe de la cécité à la vue, tandis que d’autres – les pharisiens – en s’acharnant à nier l’évidence, s’enferment dans l’insensibilité d’un savoir obtus et aveugle alors qu’ils affirment : « Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur. »


          Prenons donc conscience, dans notre route vers Pâques, que notre vue n’est pas toujours adaptée à la réalité et que, bien souvent, nous demeurons à la surface des choses –  à ce qui se donne immédiatement à voir dans l’évidence sensible ou religieuse – sans aller plus loin, sans même penser que le regard du Seigneur n’a peut-être rien de commun avec le nôtre, tant il sait discerner le cœur profond des êtres et du monde. C’est à ce regard profond d’une foi toujours inédite, qu’il désire nous faire accéder. S’il existe bien une cécité physique qui ne provient pas du péché, comme l’affirme Jésus, il y a un aveuglement plus redoutable dont personne n’est exempt : celui du cœur pécheur, du cœur sclérosé et dur qui se refuse à la lumière divine.


          En fait la guérison de notre aveugle est double : elle est physique et spirituelle. Aussi s’opère-t-elle progressivement. Il faut d’abord que cet infirme accepte très simplement l’onction de boue de Jésus et que, sans voir encore, il consente à aller se laver : mimer la recréation physique d’Adam n’est pas simple. Il faut avoir un cœur d’enfant pour se laisser ainsi remodeler et braver peut-être les moqueries de la foule. Il faut ensuite que notre homme tout nouvellement guéri subisse deux interrogatoires, loin de Jésus son sauveur, pour accéder à la foi. Autant dire, deux épreuves qui, si elles sont déstabilisantes, lui permettent cependant de se prononcer de plus en plus clairement sur l’identité de Jésus, comme si les yeux de son cœur accédaient insensiblement à l’illumination de la foi. Le malade guéri dit tout d’abord de Jésus qu’il est un prophète, première conclusion de l’interrogatoire initial ; affirmation encore bien superficielle et lacunaire. Mais, interrogé une seconde fois, voici que le miraculé s’élève, gagne en confiance et en profondeur : il tient tête à ses contradicteurs et proclame maintenant bien haut : « Si cet homme ne venait pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. » Puis, rencontrant Jésus à l’improviste, il se prosterne de tout son être en un acte d’adoration et le confesse comme son Seigneur.


          Oui, les yeux du cœur de l’aveugle s’éveillent à la lumière de la sagesse divine et il devient progressivement capable de proclamer ce qu’il voit dans la foi. Guérison physique qui révèle le plus important : une naissance spirituelle, une entrée dans le jour qui ne connaît pas de couchant, ce sabbat de Dieu où le Père trouve son repos en ces cœurs qui confessent la divinité du Fils unique. À l’inverse, les pharisiens, figure de « ceux qui savent » et que la raison naturelle maintient dans les bornes d’une courte vue, s’enfoncent dans la cécité spirituelle. Ils excluent les disciples de Jésus de la synagogue et ne tardent pas à projeter sa mort. Deux attitudes spirituelles donc, que la simple présence de Jésus met en évidence et qu’il explique dans cette phrase paradoxale : « Je suis venu pour un jugement, pour que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles. Bien évidemment, Jésus ne souhaite à personne la cécité, mais chacun est renvoyé à sa liberté personnelle : la porte est ouverte, le chemin s’offre à nous. Pour l’emprunter, il suffit de consentir ; prosternons-nous donc devant le Christ, notre maître, notre sauveur. Alors nous naîtrons à la joie pascale que personne ne pourra nous ravir.

                                                                                                       


        Frère Bertrand 

Quatrième dimanche de carême

(1 S 16, 1b.6-7.10-13a ; Ep 5, 8-14 ; Jn 9, 1-11)

Homélie du 26 mars 2017

Quatrième dimanche de carême

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