Transfiguration de Notre Seigneur J.C.

L’Évangile de la Transfiguration nous fait entrer au cœur du mystère du Christ. Sur la montagne, Jésus ne cesse pas d’être homme pour devenir Dieu : il est déjà pleinement Dieu et pleinement homme. Ce qui apparaît aux yeux des trois disciples n’est pas un changement de nature, mais le dévoilement de ce qui demeurait caché sous les apparences ordinaires de son humanité. La gloire divine transparaît à travers un visage humain.
C’est là un point essentiel de notre foi. En Jésus, la nature humaine n’est pas abolie par la grâce ; elle est accomplie. Sa chair n’est pas un obstacle à la lumière de Dieu, elle en devient la manifestation. Ainsi, Jésus dit à son disciple Philippe «: « qui me voit, voit le Père ».
Pas si simple : « ce que vous avez fait à l’un de ces petits, c’est à moi que vous l’avez fait. »
Cette fête éclaire ainsi une question décisive de toute vie chrétienne : le rapport entre la nature et la grâce, entre le ciel et la terre. Nous sommes parfois tentés de les opposer. Comme si la grâce devait remplacer ce que nous sommes, ou comme si la sainteté consistait à devenir quelqu’un d’autre. Or nous le savons, « la grâce n’exclut pas la nature, elle la parfait ».
Le baptême n’efface ni notre histoire, ni notre tempérament, ni nos limites. Il ouvre notre humanité à une vie plus grande qu’elle-même : la vie filiale. Peu à peu, l’Esprit Saint travaille notre intelligence, notre volonté, notre sensibilité, nos actes, afin que tout notre être devienne capable de refléter quelque chose de la beauté du Christ.
Lorsque le Père dit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; écoutez-le », il nous invite précisément à contempler cette parfaite harmonie entre l’humain et le divin. En regardant le Christ, nous découvrons non seulement qui est Dieu, mais aussi ce que l’homme est appelé à devenir. La Transfiguration n’est donc pas seulement une révélation sur Jésus ; elle est une promesse pour nous. Ce que nous contemplons aujourd’hui dans le Christ est la destinée de toute humanité sauvée : être entièrement elle-même, parce qu’entièrement habitée par la grâce de Dieu.
Voilà pourquoi, après avoir contemplé la lumière du Thabor, les disciples peuvent redescendre dans la vallée. La grâce ne les éloigne pas du réel ; elle leur apprend à habiter le réel autrement. De même, la vocation monastique n’est pas de fuir le monde, mais de laisser la grâce transfigurer notre humanité, afin que toute notre vie devienne, humblement, le reflet du visage du Christ.
Alors belle fête à vous chers frères, belle fête à vous chers frères et soeurs.