19è dimanche ordinaire – année A
(1 R 19, 9a,11-13a - Rm 9, 1-5 - Mt 14, 22-33)

Jésus l’avait bien dit avant qu’Il ne s’en aille vers le Père : « En vérité, en vérité je vous le dis, celui qui croit en moi, fera les œuvres que je fais, et il en fera même de plus grandes » (Jn 14,12) Mais est-ce si vrai que cela ?
Bien des mystiques et thaumaturges se sont joué des lois de la nature pour guérir, rassasier les foules, sauver de la calamité les peuples ou tirer d’un mauvais pas une personne. On ne les compte plus tant ils sont nombreux.
Mais les doigts d’une seule main sont encore de trop pour compter ceux qui se sont risqué à réitérer l’exploit de Jésus qui nous est narré en ce jour. L’histoire n’a en fait retenu que le nom d’une femme, Marie l’Egyptienne, ancienne prostituée et seule représentante du genre humain à s’être lancé deux fois sur les eaux avec plus de succès que Pierre. Sa motivation était des plus pieuses : désireuse, un jeudi saint, de recevoir la communion des mains du prêtre Zosime posté de l’autre coté du jourdain, l’ancienne prostituée se signa et traversa le fleuve d’un pas résolu pour ensuite s’en retourner chez elle par le même chemin une fois accomplis son devoir religieux.
Sophrone de Jérusalem, son biographe, rapporte les propos que Marie l’Egyptienne aurait tenu après cette randonnée aquatique : « Vraiment, Dieu n’a pas menti quand Il promettait que si nous nous purifions nous serons comme Lui. »
Marie l’Egyptienne était comme le Christ… Ce que n’était pas encore Simon lorsqu’il s’est élancé sur les eaux. Il n’avait alors pour lui que son enthousiasme et sa témérité. C’est parfait et indispensable pour se lancer à la suite du Christ, mais nettement insuffisant pour tenir, affronter les vents adverses et parvenir au terme du chemin. Il lui aurait fallu être comme le Christ et auparavant avoir la foi de la grande mystique du désert de Judée.
C’est que Pierre n’avait pas encore connaissance du commandement nouveau de Jésus « Aimez-vous les uns les autres comme je vous aimé », seule voie royale qui nous soit indiquée pour devenir comme le Fils de Dieu, ainsi que Marie l’Egyptienne l’est devenu.
Pour aimer comme le Christ aime et devenir comme Lui, encore nous faut-il faire la part du vrai et du faux afin de ne pas aimer et suivre un faux Christ. Or l’histoire du salut et de l’humanité est celle de générations d’hommes et de femmes qui aspirant comme Adam et Eve à être comme un dieu qu’ils ne connaissent pas se laissent berner par des faux dieux, des faux messies, de faux sauveurs, ou adore des dieux tout droit sortis de leur imaginaire.
Chaque chose en son temps donc. Avant que le Christ ne commande à ses disciples de l’imiter ; fallait-il d’abord qu’Il se fasse connaitre et manifesta sa Seigneurie en un geste quasiment inimitable ; et cela en accomplissant la parole du psalmiste David qui affirme : « le Seigneur domine les eaux immenses. La voix du Seigneur est puissante, la voix du Seigneur est éclatante. » (PS 29)
Aujourd’hui, notre Seigneur et ami se lance sur les eaux non pour sauver mais pour se révéler. Sa marche sur les eaux n’est pas un miracle, mais est une théophanie qui ne dit pas son nom.
Surtout frères et soeurs ne reprochons pas à Pierre d’avoir grillé les étapes ou d’avoir cédé à la tentation ou à l’orgueil. Tenter Dieu, c’est le mettre au défi de prouver ses capacités et donc à justifier sa prétention à être Dieu.
Tel n’est pas le cas en ce jour : Pierre ne met pas Dieu à l’épreuve, mais il prend le risque de se mettre à l’épreuve pour faire la part du vrai et du faux et s’assurer que lui et ses disciples ne sont pas les jouets d’une berlue ou d’un imaginaire déréglé. Car tel est le sens fort du mot grec fantasma, bien trop restrictivement et improprement traduit par fantôme.
En lançant ce défi, Pierre s’est mis dans une situation où il ne s’écoutait plus lui même, et se mettait à l’écoute d’un autre, du Christ pour attendre son salut d’une parole extérieure.
Dans un monde où notre imaginaire est toujours plus déréglé par la désinformation, et nos fantasmes attisés par la culture de l’entre soi et le primat du ressenti ; il importe à l’exemple de Pierre de savoir inventer et employer les moyens de mettre à l’épreuve notre imaginaire et nos émotions pour retrouver le chemin de la raison et de la bonne croyance. Car la foi n’est pas la crédulité, c’est à dire une croyance aveugle et facile. Elle est une confiance éclairée par un regard et une parole extérieure à soi qui ne soit pas complaisante. Et à ce propos, on nr répètera jamais assez que la connaissance des Ecritures est la voie par excellence pour se mettre à l’écoute de cette parole extérieure.
Comme Pierre, nous ne devons pas craindre d’affronter les situations et les questions qui testent notre foi et éprouve sa solidité, comme une armée ne doit pas craindre de tester sa défense si elle veut la renforcer et s’assurer de son efficacité.
« Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté »… « de toi » conviendrait-il de rajouter. Pierre a en effet momentanément perdu en confiance de soi, mais il a grandi en la confiance en un Dieu sauveur.
Ainsi en est-il de nos parcours initiatiques de vie baptismale dont le récit de ce jour en est le résumé. Nous nous lançons avec enthousiasme et témérité à la suite du Christ mais les vents adverses ont vite raison de notre confiance en soi qu’il nous faut retrouver et renforcer dans une confiance encore plus grande en Dieu.