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Commentaire de la règle

Jubilé des 50 ans de la renaissance du monastère Notre‑Dame de la Sainte‑Espérance

Règle de saint Benoît, ch. 27

Le bon Pasteur
Le bon Pasteur

Il est bon d’entendre ce chapitre aujourd’hui, où, venant du Bec, d’Abu-Gosh et de Maylis, nous sommes rassemblés pour fêter la renaissance du monastère du Mesnil. Car nos communautés, comme toute famille humaine, sont marquées de cicatrices, ou de blessures ouvertes. Elles peuvent être dues à des fautes graves ou, plus fréquemment, à des maladies au long cours qui perturbent la vie du corps communautaire.

Et pourtant, ce corps vit, un arbre balafré peut bourgeonner, et la puissance de la vie nous émerveille. Dans un monde où abondent les mirages de l’efficacité, voire de la toute-puissance, saint Benoît nous remet face à nous-mêmes : est-ce cela que nous sommes venus chercher au monastère, la vie paisible des 99 brebis qui se repaissent de leur propre justice ? Mais si nous sommes appelés à être parfaits, comme notre Père céleste, c’est bien sûr à l’image de son Fils, qui s’est fait l’ami des pécheurs, et s’est présenté comme médecin soignant des malades, comme bon pasteur parti à la recherche de la brebis en errance.

Double image reprise par saint Benoît pour caractériser le comportement de l’abbé, et orienter toute notre vie fraternelle. Notre rapport à l’échec et à la faute, les nôtres et ceux d’autrui, ne s’en trouve-t-il pas transformé ? Jusqu’au bout sans doute, nous rêverons de vocations nombreuses – et de qualité ! – de sœurs et de frères compréhensifs, de supérieurs exemplaires, de vie communautaire dynamisante… Au cas où ces rêves légitimes seraient des moyens d’échapper à la réalité, saint Benoît nous y ramène : rien de tout cela ne sera possible, ni l’unité de la communauté, ni notre propre bonheur, sans passer par le réconfort procuré au frère hésitant, la tendresse et la compassion qui donnent à la prière tout son poids d’humanité.

Telle est l’œuvre qui nous est confiée : visiter l’infirme, le pécheur, le pauvre – comme le disait le père Lazariste cité hier soir par frère Joseph – ne pas le fuir, car c’est par eux que Dieu veut passer pour se révéler « miséricordieux et bienveillant, lent à la colère, plein de fidélité et de loyauté, qui reste fidèle à des milliers de générations » (Ex 34,6-7).