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Commentaire de la règle

RB 33, 11 juillet 2026, saint Benoît

une photo de l’icône de saint Saba

« Attendre du père du monastère tout le nécessaire », et « tout sera commun à tous », ces deux phrases ne nous invitent-elles pas à relier ce chapitre de la Règle à la parabole du père miséricordieux, en Luc 15 ? « Mon enfant, dit ce dernier à son fils aîné, tout ce qui est à moi est à toi » – quant au cadet, sa faute fut de ne pas avoir tout attendu de la main de son père, mais d’avoir voulu prendre.

La liberté que vise saint Benoît par la dépossession ets ancrée dans notre condition filiale : tout nous vient du Père, ce que veut symboliser la relation à l’abbé. Estimer nous-mêmes notre dû, ou bien s’arroger des droits, ces travers des deux frères de la parabole ont en commun d’oublier la source de tout bien, notre Père des cieux.

C’est dans l’action de grâce pour tous les bienfaits dont ils nous comble que prend sens notre voeu de pauvreté. De tout temps, les monastères ont concentré un capital de travail qui a permis de faire vivre des régions entières. Une telle sécurité matérielle a pu engendrer des dérives, comme à Cluny. Face à ce risque, il est bon de se redire : « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? » Et de remercier quotidiennement, dans la prière, la générosité de la Providence et de ses bienfaiteurs. Sur le plan pratique, le souci de partager avec les pauvres que Dieu nous envoie doit toujours nous habiter.

Ces attitudes peuvent être symbolisées par les mains ouvertes de saint Saba sur l’icône de notre chapelle : elles ont laissé transiter vers les pauvres des biens matériels, des trésors de réconfort et d’amour. Elles sont tournées, dans la prière, vers notre créateur et Père, dans un esprit de joie simple et de vraie crainte.

Il y a la le résumé de ce que nous essayons de vivre : des mains qui se ferment pour tout garder ne sauront pas s’élever pour la prière. La pauvreté volontaire pour le partage n’est pas seulement un exercice de charité, ni même une quête de la justice, que des non-croyants vivent parfois jusqu’à y laisser leur vie. Elle est prière : action de grâces, offrande au Père, communion à l’oblation du Fils dans l’Esprit.