14ème dimanche du temps ordinaire – A

Qui, de Dieu ou de Saint Paul, a raison ?
Dieu qui, révélant ses mystères aux seuls petits tout en le cachant aux sages et aux savants, ferait preuve d’acception des personnes ?
Ou L’apôtre des nations qui affirme de son coté qu’en « Dieu, il n’y a pas de favoritisme (Rm 2,11) » ? Il n’est pas seul à penser ainsi. Bien d’autres avant et après lui ont tenu des propos similaires.
La réponse à ce dilemme nous est donné par Saint Paul lorsque, confronté à la diversité des tempérament dans son annonce de l’évangile confessa aux baptisés de l’Eglise de Corinthe « ce n’est pas comme à des hommes spirituels que j’ai pu vous parler, mais comme à des hommes charnels, comme à des enfants en Christ. Je vous ai donné du lait, non de la nourriture solide, car vous ne pouviez pas la supporter ; et vous ne le pouvez pas même maintenant, parce que vous êtes encore charnels. » (1 Co 3, 1-2)
Autrement dit, on peut ne pas faire acception de personnes, et cependant faire preuve d’un sens de l’adaptation. L’une et l’autre vertu vont de pair. On ne peut en effet dispenser la connaissance à tous sans adapter son enseignement à la capacité d’assimilation de chacun.
Aujourd’hui, c’est de nourriture solide destinée aux seuls petits dont il est question dans l’enseignement de ce jour. Et non du lait qui seul convient aux sages et au savants.
Qui sont-ils ?
Ce ne sont pas les rats de bibliothèque qui dévorent livre sur livre, ni les scientifiques s’évertuant à déchiffrer et comprendre les lois de la nature. Ce sont les expert de la Loi de Moïse qui se servent de leur érudition et position sociale pour lier « de pesants fardeaux, et les mettre sur les épaules des hommes, sans vouloir les remuer du doigt. » (Mt 23, 4) ainsi que le dénonce souvent Jésus. Voilà les hommes concernés par le discours de notre Maitre et ami.
En fait, le Fils de Dieu vise par extension quiconque use de son savoir et l’instrumentalise pour endormir ou asservir les consciences, faire peser sur les autres des fardeaux dont il se dispense allègrement ; qui use d’un pouvoir technologique pour imposer une domination, un modèle de société et prétendre définir à la place de tout un chacun ce qui fait leur bonheur.
Or s’il est un homme dont la sagesse et la connaissance a surpassé et surpassera toujours celles des savants toute catégorie de ce monde, c’est bien le Christ. Et s’il en est un dont le fardeau sera toujours léger. C’est encore Lui.
Jésus est ce sage et ce savant devenu petit par son incarnation et par son refus d’instrumentaliser la science qui est la sienne pour assoir une puissance et une domination sur les personnes. Il est devenu ce tout-petit qui sait s’abandonner à des instants d’émerveillement.
Ce tout-petit, frères et soeurs, ce peut être, et ce doit être, nous. Mais ce peut être aussi l’astronome ou le physicien de génie.
Aujourd’hui, notre maitre et ami nous invite à reconsidérer à nouveau frais le rapport délétère qui peut exister entre science, technologie et volonté de puissance. Réflexion portée à son plus haut niveau dans la dernière lettre encyclique de Léon XIV : Magnifica humanitas que l’on ne saurait trop recommander de lire.
En nous ouvrant la voie d’un réenchantement de nos vies et d’un monde ployant toujours plus sous le poids du fardeau imposé par les hommes, le Fils de Dieu nous propose une alternative à l’usage que nous faisons de la connaissance et de la technologie pour assoir la volonté de puissance d’une poignée d’hommes qui pèsent sur le plus grand nombre et sur l’ensemble de la Création.
Car pour goûter de la nourriture solide de la connaissance de Dieu, il nous faut d’abord apprendre à boire du lait de l’émerveillement, cette capacité à vivre en communion avec la Création et à s’extasier de sa beauté. Car la volonté de puissance, frères et soeurs, est grave un déficit de communion de l’homme avec la Création, avec son prochain et avec Dieu. Elle est un déficit d’amour.
L’émerveillement est la plus haute expérience mystique que puisse expérimenter l’homme car elle est la communion par excellence au sentiment éprouvé par le Créateur de toute choses face à sa Création, lorsqu’Il s’exclame – mais il faut lire le texte de la Genèse en hébreu – « Que c’est beau ! » « Que c’est bon ! » Elle est aussi communion au sentiment du Christ qui aujourd’hui s’exclame : « Je te bénis Père d’avoir révélé ces choses aux tout-petit ! »