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Homélie

Solennité de « Notre Dame de la Sainte Espérance »

Fr. Brice

Marie, Reine de la paix… Marie, notre Dame du Bon Secours… Marie Porte du ciel…

On pourrait citer tous les vocables sous lequel la Vierge Marie est invoquée. Mais il en est un qui est au dessus de tous car il les exprime tous, comme la lumière blanche exprime toutes les couleurs visible : C’est celui de « Notre Dame de la Sainte Espérance. »

Que nous invoquions la mère de Dieu pour obtenir un secours, faire advenir la paix, intercéder en notre faveur ou bénir de sa présence un lieu ; nos prières à la Mère de Dieu tendent essentiellement à lui confier nos espérances.

Invoquer Marie « Notre Dame de la Sainte Espérance », c’est toucher du doigt ce qui fait la spécificité de la nature humaine,  à savoir : l’espérance. Non pas la raison et l’intelligence, vertus que l’on retrouve à des degrés divers dans le monde animal, mais l’espérance.

Cela a déjà été évoqué. L’être humain est fondamentalement et spécifiquement une créature croyante. Tout le défi pour lui est de bien croire. Car il y des mauvaises croyances qui pervertissent la raison, faussent la conception du bien et du mal et in fine biaisent l’agir de l’homme ; et il y a de bonnes croyances qui élèvent l’intelligence et font grandir en humanité.

Mais pour bien croire, et mettre notre confiance dans les personnes qui enseignent la bonne croyance, en l’occurence Jésus, encore importe-t-il de ne pas se tromper d’espérance. Car il y des mauvaises espérances qui mènent à de mauvaises croyances ; et il y a une bonne espérance qui mène à la bonne croyance.

Car la foi est avant tout la réponse à une espérance. La foi est juste si l’espérance qui la sous tend l’est également.

Aussi frères et soeurs, si nous voulons répondre aux défis de notre temps, de grâce arrêtons d’intellectualiser la foi en la réduisant à la seule question de l’adhésion à une vérité. Marie n’était pas une spécialiste de la Loi, mais elle était habité par une bonne et sainte espérance qui lui a permis d’accueillir en elle la Sagesse et la Loi en personne, Jésus, et de mettre sa confiance en Lui.

Tandis que la mauvaise espérance ou la désespérance conduisent les gens à mettre leur foi en n’importe-qui et n’importe quoi jusqu’à porter au pouvoir et aduler des personnalités violentes, narcissiques, manipulatrices, perverses.

Il en a ainsi été de tout temps, dans le monde comme dans l’Eglise.

L’histoire tumultueuse de l’humanité est en effet coutumières des fins de civilisations et d’effondrement de systèmes politiques et sociaux.

Tous ces effondrements sont consécutifs à l’écroulement des espérances de prospérité sur lesquels ces mondes disparus ont été fondés.

Nos sociétés contemporaines ne font pas exception à la règle : Les crises tant intérieures aux nations qu’internationales sont la conséquence d’une profonde crise de l’espérance de l’homme moderne qui voit vaciller à nouveau les fondamentaux presqu’aussi vieux que l’humanité d’un bonheur vu comme une consommation de biens et de divertissement. Fondamentaux mis à mal par :

  • La peur de la fin d’une croissance illimitée de la consommation.
  • La dévalorisation d’une modèle d’ascension sociale consécutive à la sur-valorisation d’une forme d’élitisme perçue comme la voie royale vers ce bonheur idyllique.
  • La mise en doute de la promesse d’une existence où l’on gagnerait plus en travaillant moins.

Telles sont ces mauvaise espérances qui prennent de court nos générations.

Les violences intérieures et la multiplication des guerres de prédation, qu’elles soient économiques ou armées, témoignent de cette impasse intellectuelle et de cette incapacité du genre humain à sortir des ornières de cette mauvaise espérance ; et surtout de cette redoutable propension à y retourner en se contentant de recycler à grands frais idéologiques les recettes éculées de puissance, de prospérité économique et de grand soir.

L’homme est un animal croyant… mais d’une croyance bloquée… Bloquée par une mauvaise espérance.

Eduquer le sens de la foi et de la justesse de la raison, frères et soeurs, c’est d’abord éduquer le sens de la bonne espérance.

Marie, Dame de la Sainte Espérance nous montre à sa manière la voie.

Son secret tient en deux phrases :

« Ils n’ont plus de vin » Quelques mots qui laissent entrevoir chez la Théotokos un souci constant des autres. La bonne espérance qui nous rend libre, ne se laisse pas manipuler et nous préserve de croire en n’importe-qui et n’importe quoi est celle qui ne nous centre pas sur notre survie, ou notre pouvoir d’achat mais nous garde attentif aux autres.

« Faite tout ce qu’Il vous dira » Cette espérance là nous ouvre les portes de la bonne croyance, et nous conduit à mettre notre foi en une figure d’humanité éminemment aimable, désirable et imitable : celle du Fils de Dieu.

Car imiter l’humanité de Jésus, c’est imiter sa divinité, la faire sienne au plus intime de soi, à l’exemple de Marie.

C’est cette espérance portée par elle, et à sa suite par la foule des saints, qui permet à l’Eglise de survivre aux multiples fins de monde : et aussi qui permet à l’Eglise de renaître de ses propres déclins.