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Homélie

MÉDITATION DES VIGILES DU PÈLERINAGE À NOTRE-DAME DE LA SAINTE-ESPÉRANCE

Fr. Guillaume

Marie, trône de la sagesse et reine de la paix, nous t’écoutons ce soir comme tous les ans, car nous avons besoin d’être renouvelés dans la Sainte Espérance. Alors que les jours se font plus courts, que des nappes de ténèbres surgissent de partout pour noyer nos cœurs d’angoisse, nous avons besoin de lever les yeux vers ton étoile, Stella Maris ! Dis-nous comment trouver la paix, indique-nous le cap de l’Espérance Sainte, née avec ton fils, ton unique.

Ô Marie, tu peux seule dire aux hommes :

« Celui-ci est mon fils bien-aimé, écoutez-le ! Écoutez-le, il est l’époux de votre humanité, et il chante la joie de ses noces, la joie de se donner totalement pour que vous ayez la paix et la vie en abondance. Écoutez son chant profond : c’est une source venue du cœur de la terre, de cette création qui peut encore être belle comme le premier jardin. Elle est un livre pour qui sait lire, un chant d’amour pour qui sait entendre, depuis qu’au petit matin de Pâques, la nature a refleuri pour un éternel printemps.

Écoutez la parole de mon fils dans toute ses harmoniques : la clarté enfantine des Béatitudes, la patience amoureuse qu’il déploie dans ses paraboles, le tonnerre salvateur de ses avertissements ! Écoutez-le dans le secret de ce cellier à vin, où s’est élaboré le premier signe, dans l’intimité de votre cœur, inaccessible à la rumeur ; dans la chambre secrète, où se prononce le tu de l’amour, le toi de l’espérance, où la faiblesse se dénude sans peur. Ce n’est pas une humanité globale que mon fils épouse, mais chacun et chacune dans sa singularité, dont il connaît seul l’histoire, dont il peut seul déchiffrer l’écorce aux mille cicatrices.

Ne craignez pas ce silence qui paraît isoler du monde, mais en fait toucher le cœur ! C’est le silence de la nuit, quand se déposent toutes les impressions de la journée et qu’avec le sommeil, sort du corps de l’homme un profond soupir. C’est le moment de la rencontre et de la création, de la conception et de la prière. Tout paraît s’effacer, des songes se mêlent aux cris des psaumes, mais votre Père a besoin de cette virginité du silence pour y imprimer son Verbe. Alors vous connaîtrez la paix, comme Jésus l’a cueillie dans la nuit, au jardin de Gethsémani.

Écoutez-le, l’Époux ivre de joie : ‘Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite’ (Jn 15,11). On avait accusé les disciples d’être pleins de vin doux à la Pentecôte, mais il n’était que 9h du matin, et la joie est un don de l’Esprit. Joie intérieure, symbolisée par le vin des noces, joie que nul ne peut ravir. Ce n’est pas une ébriété passagère, mais ce sommet d’amour qu’est le don de sa vie. Écoutez-le vous redire : ‘Voici mon commandement : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Nul n’a d’amour plus grand que celui qui se dessaisit de sa vie pour ceux qu’il aime’ (Jn 15,12-13). À Cana, le vin qui coule à flots n’annonce-t-il pas le côté ouvert du Fils unique qui s’est dessaisi de sa vie ? N’est-ce pas déjà les fleuves d’eau et de sang qui convergent vers la coupe ? Écoutez le Fils, faites tout ce qu’il vous dira : buvez à la coupe de son sang. Que vaudrait une paix qui se serait épargné le combat de l’amour ? Entrez dans l’alliance nuptiale voulue par Dieu de toute éternité. »

Oui, comme nous l’a dit le pape Léon (homélie des Champs-Élysées) : « Invoquons Marie avec confiance, afin que par son intercession, des sources d’eau vive jaillissent au sein du peuple de Dieu, et fassent partout fleurir en France des germes de foi, d’espérance et de charité. Amen ! »