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Commentaire de la règle

Règle de St Benoît – chapitre 5, v.14-19

Fr. Guillaume

Ce passage conclusif du chapitre sur l’obéissance insiste sur le fait que c’est à Dieu que l’on obéit. Il peut être bien difficile de discerner la volonté divine derrière une demande ! Certes, la Règle rappelle par ailleurs (2,2) que l’abbé tient la place du Christ, et cela a pu être interprété de façon abusive, dans un sens très monarchique. Ce qui est une contradiction dans les termes, puisque le Christ n’a cessé de mettre en garde ses disciples contre la tentation du pouvoir. Mais le sens de cette assimilation où « L’obéissance envers les supérieurs manifeste l’obéissance à Dieu », selon la traduction de Dom Guillaume Jedrzejczak, plus proche du texte latin, ne s’éclaire-t-il pas si l’on pense au charisme prophétique ? Le prophète en effet parle au nom de Dieu, dont il est le porte-parole. Israël n’obéit pas à Jérémie ou à Élie, mais à Dieu qui parle à travers eux. Ainsi la référence à Dieu, loin d’absolutiser le média humain qu’est le supérieur, renvoie celui-ci comme le disciple à celui qui voit les cœurs. La priorité donnée par un Newman à la conscience, comme nous l’avons entendu ces jours-ci au réfectoire, fait de cette dernière la tente de la rencontre, où, seul avec mon créateur, je pèse tout le poids de l’ordre qui m’est donné, de l’appel que j’ai reçu. Et c’est en conscience également que le supérieur qui demande un acte d’obéissance, le fait devant ce Dieu qu’il sert, qui n’est pas une idole dont il se sert.

Loin donc d’être le signe d’une organisation hiérarchique ou d’une relation de pouvoir, l’obéissance est peut-être la manifestation la plus authentique de notre désir de servir. Cela se vérifie d’ailleurs dans la notion d’obéissance mutuelle, au chapitre 71. L’insistance de saint Benoît, tout au long de ce chapitre 5, sur la promptitude joyeuse de l’obéissance, nous renvoie à l’Évangile, où le Christ a pris la place du serviteur. À l’appel de son Père, il n’a été qu’amen, buvant la coupe jusqu’à la lie. Et pour la multitude de ses frères et sœurs croisés sur les chemins de Galilée, il a répondu sans se lasser, donnant son temps et son énergie avec la plus grande générosité. Aujourd’hui encore, c’est par lui, avec lui et en lui que nous pouvons dire : « Me voici ! Parle, Seigneur, ton serviteur écoute. »