Règle de St Benoît – chapitre 7, v.24-30

Avec une discrétion qui sied aux êtres invisibles, les anges parcourent ce chapitre sur l’humilité, depuis la comparaison initiale avec l’échelle de Jacob. Sur cette échelle, ils montent et descendent, et nous enseignent ainsi que l’humilité est un processus incessant, un mouvement continuel. Toujours à reprendre, et en cela synonyme de conversion, un tel mouvement nous oriente aussi vers ce ciel paradoxal qu’est l’humus où Dieu a choisi de planter sa tente. Commis à nos côtés de notre conception à notre mort, les anges sont ces hérauts de notre histoire sainte en devenir : nos faits et gestes, loin d’être épiés ou dénoncés par des créatures adverses, sont portés par eux avec tendresse dans la mémoire du cœur de notre Dieu. C’est ainsi qu’un simple verre d’eau fraîche ne restera pas sans récompense (cf. Mt 10,42).
« Premiers amis des moines » selon Évagre, les anges nous pressent aussi de bien agir, mais d’une pression si douce qu’elle n’est perceptible que par un cœur désencombré des mauvais désirs dénoncés par Benoît. La vigilance exercée sur nos pensées et nos désirs, les petits et grands renoncements à la volonté propre, tout ce labeur invisible est favorisé par la compagnie des serviteurs de Dieu, messagers de la révélation. L’humilité est ainsi une virginité, une disponibilité de l’être désencombré des prétentions de l’ego.Mais le dynamisme des anges ne se borne pas à nous aider à nous débarrasser de ce qui nous alourdit, à porter ce qui nous encombre à la déchetterie ou au Foyer aubois ! Un logis balayé et mis en ordre n’est encore qu’une maison vide (cf. Lc 11,24-26). Pour qu’elle soit habitée, non par sept démons pires que celui qui aura été chassé, mais par l’Hôte seul digne de l’âme, les anges nous initient à garder en nos cœurs « toutes ces choses », comme il est dit de Marie. La parole-évènement de l’Écriture, distribuée dans la liturgie et la lectio, les rencontres procurées par la vie sacramentelle et la vie quotidienne, les signes fugaces de la création, tel est le bon grain à porter au moulin de l’esprit qui, selon Cassien, tourne sans cesse. Saint Benoît nous en donne l’exemple ici, avec six citations de l’écriture en six versets. Façonné par une civilisation encore très orale, son esprit a médité les mots des psaumes jusqu’à ce qu’en jaillisse la lumière que la Règle nous transmet aujourd’hui. Écoutons les anges nous dire et redire la Parole. Laissons-les faire de nous ces serviteurs et amis désireux que tout se passe pour nous selon ce qui nous a été dit.