Règle de St Benoît – chapitre 2, v. 33-40

« Souvenez-vous de vos dirigeants, qui vous ont annoncé la Parole de Dieu. Considérez comment leur vie s’est terminée et imitez leur foi. (…) Obéissez à vos dirigeants, et soyez-leur dociles ; car ils veillent personnellement sur vos âmes, puisqu’ils en rendront compte. Ainsi pourront-ils le faire avec joie et non en gémissant, ce qui ne tournerait pas à votre avantage. » (He 13,7.17). Le dirigeant – littéralement, l’higoumène – a charge d’âmes, et pour s’acquitter de cette tâche, il doit d’abord « annoncer la parole de Dieu ». Ce que fait saint Benoît avec grande liberté, truffant la Règle de trouvailles inspirées de sa lectio – comme ici, le rapprochement entre le Discours sur la montagne et un verset du psaume 33.
Celle dont nous faisons mémoire aujourd’hui, Notre-Dame des Douleurs, est devenue Mère d’une multitude de fils et de filles au pied de la croix. Le disciple que Jésus aimait, qui se dévoilera in fine comme l’auteur de l’Évangile selon saint Jean, se présente comme témoin de la passion, sur le même plan que la mère de Jésus. L’Évangile naît du côté ouvert du Christ en croix, Bonne nouvelle jaillie dans les douleurs d’enfantement de la passion. Marie, qui a porté le Verbe en son sein, devient, à la mort de son fils, mère de cette Parole de Dieu, que les disciples – et nous-mêmes – porteront d’un bout du monde à l’autre jusqu’à la fin des temps.
La charge d’higoumène doit donc être comprise dans ce processus d’engendrement de la Parole auquel Marie nous initie. Elle a su à la fois « garder toutes ces choses en son cœur », méditer, chercher la volonté de Dieu, s’en remettre à cet Esprit qui a fait germer en elle le Verbe, et offrir ce dernier sans réserve, le mettre au monde, l’encourager sur le chemin de son oblation.
Toute l’aventure de notre liberté, notre vocation de fils de Dieu, n’est-elle pas un dialogue avec la Parole créatrice ? Dialogue commencé ici-bas, de façon balbutiante mais persévérante, et qui participera pleinement dans l’autre vie du dialogue éternel du Père et du Fils. Oui, c’est par le Verbe engendré que nous sommes engendrés à notre vocation de fils et de filles bien-aimés. Que la manducation simple et quotidienne de la Parole nous place, à la suite de Marie, dans les mains du Père.