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Homélie

16ème dimanche du temps ordinaire – A

F. Brice

(Sg 12, 13,16-19 ; R, 8, 26-27 ; Mt 13, 24-43)

Graines de sénevé

Le grand air… La quiétude… Des champs bariolés à perte de vue, des collines verdoyantes et ombragées, des symphonies de couleurs et de chants d’oiseaux. Pour un citadin, la campagne c’est d’abord cela : un immense jardin d’agrément apprécié pour oublier l’agitation des villes et se reconnecter avec la nature. Une nature plus vraiment naturelle en fait… Parce-que largement domestiquée et ordonnée.

Car pour un agriculteur, un jardinier ou un forestier ; un champ, une platebande, un massif forestier ou une rocaille, est d’abord un territoire que cherchent à se partager ou conquérir plantes, insectes et animaux dans le cadre d’une compétition arbitrée par l’homme à la fois juge et partie.

Loin de la vision bucolique des fleurs et herbes des champs délicatement habillés par Dieu, ou des oiseux généreusement nourris par leur Créateur, Jésus nous découvre en ce jour, l’envers de le beauté de la Création, la face cachée de la beauté de la condition humaine, objet dune compétition sans merci entre Dieu et le satan.

Dimanche dernier, nous découvrions combien il n’est pas facile pour Dieu d’être dieu ; de devoir s’en remettre dans un acte de foi à la seule bonne disposition de l’homme pour que germe, croisse et fructifie la semence de la parole divine ; même dans les coeurs les plus endurcis. Car la parole de vie ne s’impose pas comme une évidence qui éteindrait notre intelligence, mais comme un fruit que l’on désire et que l’on reçoit.

Aujourd’hui, Jésus nous révèle combien est difficile pour l’homme de résister à la tentation d’être plus dieu que Dieu : Purifier le monde de toute souillure morale, extirper la mauvaise herbe du mal, quelle mission plus exaltante pour un croyant que celle-ci ?

Or la mise en garde de notre Seigneur est sans appel. En assimilant le Fils du Royaume au bon grain et le fils du mauvais à l’ivraie, Jésus nous rappelle que rien ne ressemble plus à un fils du Royaume qu’un fils du mauvais, et rien ne peut ressembler plus à un fils du mauvais qu’un fils du Royaume.

C’est ce que rappelait véhément notre Maitre et ami à Jacques et Jean : « Vous ne savez pas de quel esprit vous êtes animés » (Lc 9, 55) alors que les deux disciples se faisaient fort d’invoquer les puissances du ciel pour rayer de la carte les samaritains qui refusaient de les accueillir : « Seigneur, veux-tu que nous ordonnions au feu de descendre du ciel et de les consumer tous ? » (Lc 9,54)

« Tortueux est le coeur de l’homme… Qui peut le connaitre ? » dit le prophète Jérémie (17,9) Oui, tortueux est notre coeur… Reconnaissons le et surtout, ne paniquons pas !

Pour savoir de quel esprit nous sommes animés, ne cherchons surtout pas à sauver le monde. Mais ayons le souci de nous laisser sauver par le Christ, parole de vie descendu d’auprès de Dieu.

Oui, ne cherchons surtout pas à arracher l’ivraie de nos coeurs. Car c’est ce que prétendent les abuseurs de conscience en tout genre. Et ne cherchons à l’éradiquer du monde car c’est ce que prétendent les faux messies de tous les temps. Mais que chacun se laisser sauver par le Christ, ainsi que Pierre le demande aux foules de Jérusalem : « Laissez-vous sauver ..! » (Ac 2,40). Tandis qu’il n’est nul verset de la bible nous commandant de sauver le monde !

Car une fois levé l’ivraie, et plongé dans la zizanie le coeur de l’homme ; on ne peut plus l’arracher.

Mais il est de notre ressort de contenir son expansion, voire de l’étouffer et de le faire périr par une manière à la fois douce et ferme. Il suffit en effet d’observer la nature pour comprendre que la compétition est gagnée par la plante la plus vigoureuse, la plus vivace et la plus robuste.

La nature sait venir à bout des mauvaises herbes sans qu’il n’y ait besoin de les arracher, pour peu que l’homme soit un arbitre impartial et comprenne les interactions entre les vivants.

Prenons en de la graine frères et soeur… Le blé semé en nos coeurs, rendons le plus vigoureux et vivace que l’ivraie, et cela, en pratiquant les bonnes oeuvres à l’exemple de Marie. La mère de Dieu est l’exemple même d’une représentante du genre humain qui a su tout au long de sa vie empêcher l’ivraie de germer et de prendre racine dans son coeur ; tout d’abord en pratiquent les oeuvres de l’esprit, en éduquant son intelligence, et ensuite en imitant l’humanité de son fils.

Cela a déjà été dit en ces murs et le sera encore : Imiter l’humanité du Christ est le plus sûr moyen – le seul en fait –  d’imiter la divinité du Fils de Dieu et de s’en revêtir afin de ne pas devenir plus dieu que Dieu et aborder le jour du jugement en toute sérénité.