15e dimanche du Temps ordinaire, 12 juillet 2026
(Is 55, 10-11 ; Ps 64 ; Rm 8, 18-23 ; Mt 13, 1-23)

Heureusement, la Parole de Dieu est vaste comme l’univers, et son auteur, qui la profère incessamment dans un acte d’amour, toujours à l’œuvre pour nous la faire entendre. Car c’est bien là son propos : « Prendrais-je donc plaisir à la mort du méchant et non pas plutôt à le voir renoncer à sa conduite et vivre ? » disait le Seigneur à Ézéchiel (Ez 18,23). La Sagesse appelle sans relâche, l’Intelligence élève la voix : « Humains, c’est vous que j’appelle. Écoutez, j’ai à vous dire des choses importantes, j’ouvre mes lèvres pour dire des paroles droites » (cf. Pr 8,1-6). Pour se faire mieux entendre, Dieu va jusqu’à s’incarner en son Fils bien-aimé, Jésus.
Alors, pourquoi ce détour insolite par les paraboles ? Les mystères du royaume des Cieux ne seraient-ils pas ouverts à tous, sont-ils vraiment réservés à une élite de privilégiés ? Formulons quelques hypothèses. En premier lieu, il y aurait à tenir compte d’un style littéraire, d’une forme de discours prophétique : souvent, les prophètes d’Israël, face à la lourdeur du peuple, ont usé de stratagèmes, de discours cryptés, d’actions symboliques, de mimes, comme lorsqu’Osée va, sur l’ordre du Très-Haut, épouser une prostituée pour signifier l’amour fidèle de Dieu pour Israël. Serait-ce une forme de délicatesse qui évite de dire à l’autre sa vérité en direct, en pleine figure, et s’efforce de la lui faire entendre par un détour, ainsi lorsque Natan reproche à David le meurtre d’Urie et l’adultère avec Bethsabée par le conte de l’homme riche qui a dépouillé pauvre de son unique trésor, sa petite brebis. « Cet homme, c’est toi », révélera le prophète à David qui s’indignait : « Il mérite la mort, l’homme qui a fait cela. » Par les paraboles, Jésus nous parle comme en miroir, il nous invite à creuser le sens, à décrypter le message, à nous impliquer dans le discours. Ne pas rester des spectateurs passifs du salut, devenir des chercheurs de sens, du sens qui est parfois juste devant nous et que nous ne savons même pas voir.
Remarquons aussi la situation : Jésus est dans la barque, la foule sur le rivage. Pour bien entendre, nous sommes invités à nous embarquer avec lui. Évidemment, la barque figure l’Église : si les apôtres ont la grâce d’entendre l’explication, de connaître les mystères du Royaume des cieux, ce n’est pas pour les garder enfouis au fond de la barque, cercle ou secte de purs, mais pour continuer l’œuvre de Jésus, s’adresser à ces foules nombreuses qui attendent une parole, non de condamnation, mais de conversion. Sommes-nous convaincus d’avoir mission d’apôtres, de témoins de cette Parole vivante et efficace, pleinement dévoilée dans la Parole ultime de la Croix, ce cri d’amour inextinguible : Venez à moi vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, vous qui avez soif d’amour, buvez à mon cœur transpercé, devenez sources, vous aussi.
L’unique objectif de Dieu, c’est l’alliance avec un peuple de fils et filles, vivant dans la liberté de la gloire des enfants de Dieu, laquelle ne paraît pas encore clairement, mais que Jésus nous a pourtant acquise par sa Pâque et le don de l’Esprit.
Le salut, pour être souverain, n’est pas automatique, il requiert d’être accueilli par une conscience libre qui répond oui à la proposition du Christ : Veux-tu croire que, qui que tu sois et quoi que tu aies fait, moi, je t’aime et t’aimerai toujours ? Il y a là une synergie, une collaboration active entre l’invitation divine pleine de délicatesse et la réponse humaine attendue : Oui, Seigneur, tu sais tout, toi, et si j’ai du mal à y croire, viens par ta grâce souveraine, comme une pluie d’été sur une terre desséchée, faire refleurir tout ce qui est haletant en mon cœur étouffé.
Alors, laissons cette parabole nous enseigner, écoutons sa leçon aujourd’hui. Jésus nous met en garde et souligne trois dangers qui peuvent empêcher la fécondation de notre cœur par la grâce : la surdité, l’inconstance et la distraction.
Surdité de qui ne veut pas vraiment entendre ou ne fait plus l’effort du silence pour écouter, tendre l’oreille au murmure de la Parole.
Inconstance de mon acte de foi en Celui qui me parle. Enracinons-nous profondément, quotidiennement, notre foi en lui, en sa Parole ? Où sont les racines de notre cœur ? Et peut-être le grand danger de notre époque, la distraction : suis-je si séduit par tout ce que m’offre le monde, ce monde en miniature par exemple qu’est mon téléphone portable, que je n’ai plus vraiment le temps ni le goût d’écouter le grand Silencieux qu’est notre Dieu ?
Silence de Dieu, langage de l’amour. Qu’il porte fruit au centuple en nous dans cette communion que nous allons vivre, puisque la Parole s’est faite chair, pain offert, sang versé.