17e dimanche du temps ordinaire année A
(1R 3,5.7-12 ; Rm 8,28-30 ; Mt 13,44-52)

Avec ce passage s’achève le chapitre 13 de l’Évangile selon saint Matthieu, consacré aux paraboles du Royaume. Sept paraboles, auxquelles il faut ajouter, sorte de signature de Matthieu, celle du scribe qui tire de son trésor du neuf et de l’ancien. Certaines paraboles ont reçu une explication de la part de Jésus : celle du semeur, celle du bon grain et de l’ivraie. Mais, la plupart du temps, et c’est le cas aujourd’hui, nous nous retrouvons quelque peu démunis devant ces images employées pour dire le Royaume.
Et d’ailleurs, qu’est-ce que le Royaume ? C’est, pour Jésus, une façon de désigner la vie nouvelle qu’il est venu communiquer aux hommes. Qui dit royaume, dit roi, et Jésus paiera de sa vie le fait d’avoir assumé ce titre de roi qu’avant lui, David notamment avait illustré. Mais aussi, Salomon, dont la sagesse nous a été rappelée dans la première lecture.
Il s’agit d’un royaume spirituel, gouverné par une loi nouvelle, celle de l’amour, que déploient les Béatitudes. On est donc très loin de ce qu’attendaient les contemporains de Jésus, à savoir le rétablissement d’une royauté politique qui pourrait bouter le Romain hors d’Israël. C’est pourquoi Jésus, conscient du malentendu, enseigne inlassablement les foules sur ce royaume d’une nature nouvelle. Il est essentiellement caché : « Le règne de Dieu ne vient pas comme un fait observable. On ne dira pas : le voici ou le voilà. En effet, le règne de Dieu est parmi vous » (Lc 17,20-21).
Les deux petites paraboles que nous venons d’entendre soulignent la présence invisible, au milieu de nous, du règne de l’amour. Nous pouvons tomber dessus par hasard, comme l’homme qui laboure son champ. Et c’est le cas de ces convertis, des « recommençants » qui donnent à l’Église une nouvelle jeunesse. Ils ont senti un appel, une voix tout au fond du champ de leur cœur, et ils ont creusé pour dégager, désencombrer cette merveilleuse source qui change toute leur vie.
Mais à nous, chrétiens de plus longue date, comme au négociant de perles fines, il est demandé de rechercher avec assiduité la vérité de l’Évangile que nous professons. De tout donner pour cette valeur suprême. C’est par exemple ce que l’apôtre Paul a réalisé : « Toutes ces choses qui étaient pour moi des gains, je les ai considérées comme une perte à cause du Christ. Mais oui, je considère que tout est perte en regard de ce bien suprême qu’est la connaissance de Jésus-Christ mon Seigneur. À cause de lui, j’ai tout perdu, et je considère tout cela comme ordures, afin de gagner Christ et d’être trouvé en lui. » (Ph 3,7-8). Voilà une belle définition du Royaume : la connaissance de Jésus-Christ, mon Seigneur.
Notre roi a en effet ceci de particulier qu’il veut, non pas garder sa royauté, comme le font tous les rois de la terre, mais la partager. Elle nous est donnée à notre baptême lorsque nous devenons « prêtre, prophète et roi », par notre union à la vie du Christ. Et c’est cette union que toute notre vie de foi va approfondir. Une connaissance du Christ toujours plus grande, voilà ce qu’est le Royaume. Connaissance qui prend tout notre être, puisque il ne suffit pas d’avoir quelques notions sur un personnage historique ! Connaître la personne que j’aime suppose une relation d’intimité qui me transforme entièrement. C’est ce qu’on appelle la vie intérieure, dialogue d’amour, invisible et profond comme un trésor qui rayonne, secrètement, comme une source qui irrigue nos regards, nos pensées, nos gestes.
Tout donner pour ce bien suprême, ce n’est pas nécessairement vivre comme saint François d’Assise, en proclamant par les rues un royaume de paix et de joie et en renonçant à toute possession matérielle. Mais il y a des moments de choix dans nos vies où tout peut basculer en faveur de l’Évangile. Faire preuve de générosité devant un appel imprévu, montrer à ses enfants le chemin du partage, du respect de l’autre et de la vie humaine, renoncer à un privilège au profit des plus démunis, tous ces choix témoignent d’une recherche assidue du Royaume.
C’est donc, comme nous le demandions dans la prière d’ouverture de cette messe, « faire un bon usage des biens qui passent », pour « que nous puissions déjà nous attacher à ce qui demeure. » Il ne s’agit pas de refuser les biens de ce monde, qui nous sont confiés pour une fructification. Mais de les transformer en vue d’un règne de justice. C’est un vrai travail, caché, ignoré et méprisé des puissances de ce monde, où règne le dieu argent. Mais, attention ! Une telle recherche n’est rien si elle n’est pas d’abord recherche de la personne du Christ. Il est au milieu de nous. En cette eucharistie « se réalise » déjà « cette bienheureuse espérance », qui sera rendue visible à la fin des temps : « l’avènement de Jésus-Christ notre Sauveur ». Par notre désir du Royaume, ouvrons à notre Roi le chemin de son avènement. « Hosannah au fils de David ! Béni soit au nom du Seigneur Celui qui vient ! »