Saint Sacrement

Frères et soeurs, nous le savons tous : « l’homme ne vit pas seulement de pain, mais aussi aussi de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »
Mais… La solennité de ce jour nous rappelle à bon escient que l’homme ne vit pas seulement de toute parole qui sort de la bouche de Dieu, mais aussi aussi du pain descendu du ciel : Le corps et le sang de son Fils offert dans une matérialité des plus simple et humble : du pain et du vin.
Il nous est ainsi rappelé que Jésus se donne comme une nourriture complète pour assurer la vie de et de nos corps et de nos esprits.
Au coeur de ce mystère d’un Dieu qui se laisse manger, parce-qu’il s’est fait homme, est l’appel à la sainteté lancé à Israël par le Tout Puissant : « Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint » dit-Il par la plume du lévitique (Lv 19,1-2.17-18)
Holà ! serions-nous tenté de nous exclamer. Etre saint, en développant toutes les qualités de bonté, d’amour et de créativité ; c’est faisable. La plupart des hommes y parviennent pour notre plus grande joie. Mais être saint comme Dieu l’est… Voilà qui nous semble mission impossible.
Pourtant, comme nous l’avons appris de Saint Paul : Si Dieu ne permet pas que nous soyons mis à l’épreuve au-delà de nos forces (1Co 10, 13) A plus forte raison ne nous appelle-t-il pas à une sainteté qui soit au-delà de notre nature et de nos possibilités ainsi que nous le rappelle l’apôtre des nations : Dieu « nous a prédestinés à être, pour lui, des fils adoptifs par Jésus, le Christ ».
Prédestiné… Qu’est-ce à dire si ce n’est que dès les origines de l’humanité, et bien avant qu’il ne connaisse la pêché, l’homme est appelé à la sainteté, c’est à dire à l’union parfaite avec Dieu : Union parfaite à sa volonté par l’accomplissement de sa parole de vie, mais aussi union par participation à la vie divine.
Cette sainteté n’est cependant pas donnée telle-quelle. Car Dieu si Dieu frappe à la porte de notre coeur, il ne la force pas. Il ne s’impose pas dans nos vie, mais Il attend que nous daignons l’accueillir au terme d’une long processus de maturation selon le commandement de Jésus à devenir « accomplis comme notre Père céleste est accompli « (Mt 5, 48)
A ce stade de notre réflexion, que la prédisposition de l’homme à être divinisé dans sa nature corporelle, présuppose que Dieu soit prédisposé dans sa nature à se faire chair, et ce dès la nuit des temps.
Pour que soit réalisable la divinisation de l’homme encore fallait-il que tout d’abord ait été réalisée l’incarnation de Dieu.
Cette descente de Dieu dans la chair opérée par le Christ, et sans laquelle l’homme ne saurait s’élever à son tour la condition divine n’est donc pas la conséquence du péché, un plan B de salut, mais bien la réalisation d’un dessein nourri de toute éternité par la créateur.
Péché ou pas péché, le Christ se devait de devenir chair pour qu’à notre tour nous devenions Dieu selon les mots d’Athanase d’Alexandrie.
Que nous soyons fragiles et mortels ne change rien à la beauté du mystère que nous célébrons en ce jour, à la beauté de la Création et de notre humanité. Christ a connu la souffrance, la mort, et pourtant en son corps fragile mortel , il est devenu parfait comme notre Père céleste est parfait.
Voilà pourquoi au coeur de cette rencontre de l’homme avec son Dieu est le don fait à l’humanité par le Christ de son corps et de son sang. Corps et sang hérité de notre humanité, sacrifice divin offert pour l’accomplissement de l’humanité.
Ce sacrifice nous rappelle que la mort et la fragilité n’enlaidissent pas notre condition humaine, pas plus qu’elle n’enlaidissent ces magnifiques fleurs vouées à périr après avoir contribué à notre plaisir et à celui du Créateur.
Seul le péché enlaidit la condition humaine, en la dramatisant et en amplifiant ses fragilités et leurs effets.
La mort et la fragilité n’enlaidissent pas notre condition humaine lorsqu’ils sont assumés dans un climat de miséricorde, de bienveillance, d’attention porté à l’autre.
Voici quelques jours frères et soeurs, la pape Léon XIV publiait sa première lettre encyclique joliment intitulé « magnifica humanitas ». On ne saurait trop conseiller la lecture de cet ouvrage remarquable tant pour la haute tenue de ses propos que pour sa grande qualité didactique. Elle est un hymne à la beauté de la condition humaine à découvrir et redécouvrir, et qui se laisse voir, toucher et gouter chaque fois que nous communions au corps et au sang du Christ.