Règle de saint Benoît, ch. 2
Règle de saint Benoît, ch. 2, v.1-10

Comment dire le Père ? Seul, le Fils a pu lui donner visage et nous ouvrir l’accès à la communion trinitaire, par l’Esprit qu’il nous envoie d’auprès du Père. La difficulté, voire l’impossibilité de désigner le Père sans le Fils est peut-être, analogiquement, à la source de ce que nous observons dans la Règle, et particulièrement dans ce passage, à savoir la substitution des références au Père, que l’on attendrait d’un portrait de l’abbé, par les références au Christ, bon Pasteur.
Le parallèle, à quelques lignes d’intervalle, entre « Abbas », premier mot de ce chapitre, et donc de la Règle proprement dite, et la citation de Rm 8,15 – « Abba, Père » – est certes frappant.
Mais c’est subtilement le Christ qui se dessine pour définir une paternité spirituelle, avec l’image du Pasteur, reprise, entre autres lieux bibliques, à l’Évangile selon saint Jean.
Le Père se définit par l’engendrement et ne saurait mieux se dévoiler qu’en donnant son Fils à voir, à entendre, à toucher, et, pour finir, à manger.
« Qui m’a vu a vu le Père », dira simplement Jésus en réponse à toutes nos très humaines interrogations sur un être « infiniment bon, infiniment aimable », dont « l’insondable mystère », parfois, n’est plus source d’émerveillement, mais d’effroi ou de découragement.
Mais ce qui est infini chez le Père, c’est aussi son humilité, dans cet acte d’engendrement qui met son Fils au monde, et nous dit seulement : « Écoutez-le. »
Cette humilité anime profondément le charisme monastique, et c’est sans doute ce qui le rend si attirant, quelles que soient les modes, les avatars de l’humanité et de l’Église.
Humilité qui n’est pas séparable de l’écoute, puisque l’enseignement de l’abbé est présenté en dépendance étroite du « commandement du Seigneur ».
Que l’Esprit de vérité ouvre nos cœurs à cet inlassable recherche du Père, dans la Parole de son Fils, partagée en communauté dans l’eucharistie et dans la simplicité des jours.