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Homélie

23è dimanche ordinaire – Année A

Fr. Guillaume

(Éz 33,7-9 Rm 13,8-10 Mt 18,15-20)

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Jésus est réaliste ! Dans cette partie de l’Évangile de Matthieu appelée discours sur la vie en communauté, il est beaucoup question des pécheurs que nous sommes… Le Christ, s’il nous appelle à être parfaits comme son Père est parfait, est bien conscient que nous sommes un « ramassis » (cf. Ex 12,38) d’hommes et de femmes en route vers la perfection, comme jadis les Hébreux vers la Terre promise.

         Cette première remarque n’est pas une sorte de constat désabusé sur notre médiocrité. Le Christ s’est fait l’un de nous, comme il nous le rappelle aujourd’hui, il est là, au milieu de nous, il est au plus proche de nos difficultés sur le chemin de la conversion. Même si des caricatures de la religion ont pu en faire une tyrannie de la pureté, un tel élitisme est à l’opposé de la miséricorde du bon berger, qui ne s’intéresse pas aux brebis sans défaut, mais à celle qui s’est perdue.

         Dans la Règle de saint Benoît, le chapitre 28 est consacré à ceux qui, souvent repris, ne veulent pas se corriger. Des brebis récalcitrantes, en somme, que l’abbé essaie de remettre sur le droit chemin par « ses exhortations », « le remède des divines Écritures », le « cautère de l’exclusion » ou des « coups de fouet », (car on est au VIe siècle !), mais si tout cela échoue, et avant de se résoudre à utiliser le « fer de l’amputation », l’abbé recourt à « sa prière et celle de tous les frères pour ce moine ». C’est dire la qualité du climat de la correction fraternelle, telle que l’a voulue Jésus. Elle n’aurait aucun sens si elle n’était fondée sur la charité. Comme nous l’avons entendu dans la deuxième lecture, « l’amour ne fait rien de mal au prochain ». C’est dans l’amour que les reproches d’un père ou d’une mère à son enfant, ou les remarques qu’il nous paraît bon de faire à quelqu’un qui a manifestement dépassé les bornes, peuvent être entendues. Un cœur aimant vient à bout de toute résistance.

         Cependant, Jésus insiste sur ce refus d’écouter qui caractérise l’homme pécheur. Souvenons-nous d’Adam et Ève, qui se disculpent à qui mieux mieux, alors que Dieu, leur créateur, vient à eux dans son infinie innocence bouleversée. C’est la femme que tu m’as donnée qui a fait cela, et la femme de dire, c’est le serpent (cf. Gn 3,12-13), etc.. À la racine du péché est la peur. Tous les moyens sont bons pour dissimuler ce que nous concevons comme notre vulnérabilité, et qui est en fait notre vérité. L’humilité en effet, c’est la reconnaissance de la vérité. Le mensonge, la colère, toutes les stratégies de l’orgueil, ce sont autant de couches de blindage que nous mettons autour de notre cœur. En pensant le protéger de la lumière trop crue de la vérité, nous l’étouffons. L’endurcissement du cœur fustigé par Jésus, c’est tout simplement le dernier stade avant la mort spirituelle. Il le dénonce chez les pharisiens, qui ne veulent pas entendre les reproches qu’il leur adresse (cf. Mt 23). De nos jours, il est malheureusement facile de prendre l’exemple des récentes ordinations intégristes, au terme de tout un processus où le pape et les évêques ont tenté de gagner ces frères. Considérez-les comme des païens et des publicains ! Ce sont toujours des frères, dans cette humanité si composite où le Verbe a voulu prendre chair. Il a partagé la table des publicains comme Matthieu ou Zachée, il a accepté de s’adresser aux païens, ces non juifs qu’étaient par exemple la Cananéenne ou le centurion.

         En dernier recours par conséquent, confions nos frères récalcitrants à la personne même de Jésus. Si nous prions le Père en son nom, nous pourrons tout obtenir. Tout, et en l’occurrence la conversion de nos frères et sœurs qui ont commis des péchés. N’oublions pas, au passage, de prier pour notre propre conversion ! Sinon, on se trouve dans le cas de figure du pharisien auto-satisfait… Jésus présent au milieu de nous, n’est-ce pas ce que l’homme peut désirer de plus grand ? Toutes nos demandes, y compris celle pour la guérison d’un enfant, le salut d’un proche, la paix sur la terre… Toutes ces demandes inspirées par l’Esprit Saint qui prie en nous convergent vers ce bien qui surpasse tous les biens : la présence du Christ ressuscité. Notre chemin de foi, parfois si âpre, si exigeant, n’est-il pas de parvenir à reprendre les mots de Jésus en agonie ? « Cependant, non pas comme je veux, mais comme tu veux » ? L’amour confiant du Fils vers le Père, ne doit-il pas devenir le nôtre ? Si, par amour, nous lui laissons les mains libres, alors il pourra faire des merveilles. Merveilles souvent inattendues. Nous serons exaucés parfois au-delà de nos espérances. Ou alors de façon bien surprenante, comme saint Paul, dont les yeux s’ouvrirent sur ce Dieu qu’il aimait sans le connaître. En cette eucharistie, faisons à notre Grand-prêtre l’offrande de nous-mêmes, de notre volonté, de nos désirs les plus fous et les plus forts. Laissons-le les offrir au Père, pour nous réconcilier avec lui et nous procurer la paix.