Nativité de la Vierge Marie

Nous pourrions penser que les grands barrages d’hydroélectricité sont des mastodontes d’acier et de béton parfaitement imperméables à l’eau. Et bien détrompez-vous frères et soeurs : Sous l’effet de sa formidable pression, l’eau parvient toujours à infiltrer le béton de ces énormes ouvrages d’art, à ruisseler à l’intérieur et finalement à en ressortir.
C’est ce que nous apprend la surprenante généalogie de notre Seigneur, constituée de saints, de patriarches plus ou moins aventuriers, de femmes plus ou moins intrigantes, de prostituée, voire d’une étrangère ; mais aussi de rois vertueux ou félons, ou de parfaits inconnus : rien ne peut faire obstacle à la formidable puissance et fluidité de l’Esprit de Dieu. Si bien qu’avant même que Dieu ne franchisse par Marie le barrage de nos péchés et atavismes, rien de ce qui est humain ne Lui était plus étranger.
La généalogie de notre Seigneur Jésus est la truculente histoire d’une incarnation qui a commencé bien avant qu’il ne devienne l’hôte de la Théotokos.
Célébrer la naissance de Marie ? C’est célébrer la reprise de l’histoire de l’humanité à l’instant où elle s’est arrêtée, lorsque le genre humain s’est mis en tête de devenir Dieu, de lui ravir sa puissance. Oui… Depuis que des hommes et des femmes rêvent d’empire, de dominations économiques et de puissances technologiques, l’histoire de l’humanité s’est en effet arrêté. Ou plutôt… Mise à tourner en rond, condamnée à vivre un éternel recommencement.
Car depuis que les hommes misent leur salut dans la quête de la puissance, l’humanité est devenue un hamster qui croit avancer alors qu’en un mortifère surplace elle ne fait que tourner dans sa roue répétant à chaque rotation les même drames.
L’histoire ne se répète pas entend-on souvent. Et bien si, elle se répète. Et elle se répétera tant qu’il existera des gens qui, pour assouvir leur soif de domination, dépoussièreront des rêves de conquêtes, de reconquêtes, d’empire et de puissance économique et technique, et surtout tant qu’il existera des êtres en mal d’espérance qui leur accorderont crédit et soumission.
Et ce ne sont pas les avancées de la science et de la technologie qui vont donner le change. Elles ne sont qu’une illusion de progrès, qui au mieux facilite la vie, alors qu’au fond l’homme de 2026 n’est pas plus satisfait de sa condition humaine que nos plus lointains ancêtres. Il n’a pas gagné en amour de soi, ni de son prochain, ni de sa condition humaine qu’il supporte plus qu’il ne l’aime.
Dans ce contexte la naissance de Marie s’avère être un événement majeur aussi grand que la création de l’homme.
Car célébrer la naissance de Marie, c’est célébrer la venue au monde de la première représentante du genre humain qui a relancé l’histoire en ne jalousant plus Dieu, mais en l’exaltant. « Mon âme exalte le Seigneur, exulte en Dieu mon sauveur. »
Le magnificat est le chant de la femme qui renonçant à être Dieu, n’a de ce fait jamais laissé entrer en son coeur le péché, laissant ainsi libre toute la place pour que Dieu entre en elle.
Le magnificat est le chant de la femme nouvelle qu’aurait du être depuis toujours Eve si elle n’était devenue l’ancienne, et de l’homme nouveau qu’aurait du être Adam s’il n’était devenu l’ancien.
Le magnificat est le chant que seul un humain heureux de sa condition humaine puisse chanter avec Marie en disant avec elle : « Dieu s’est penché sur son humble servante. »
Marie n’avait pas la puissance pour elle, et pourtant tout dans le chant du magnificat respire le bonheur d’être humain, d’être à sa place d’humain pour que Dieu puisse faire de grande choses avec nous et par nous.
Les détails de ce secret du bonheur marial, Jésus nous le révèle par sa vie et ses paroles. Le suivre, c’est contribuer à notre tour à la reprise de l’histoire de l’humanité, en passant par où Marie est passée en première, pour qu’enfin le destin de l’homme ne soit jamais plus celui du hamster.