13e dimanche du temps ordinaire (A)
2 R 4,8-11.14-16a - Rm 6,3-4.8-11 - Mt 10,37-42

Nous voici arrivés au terme du chapitre 10 de saint Matthieu, du discours de Jésus sur la mission. C’est l’occasion pour nous de reprendre l’ensemble de ce discours, pour en dégager les étapes, qui sont autant de commandements du Christ pour l’Église d’aujourd’hui. Pour chacun de nous, quel que soit notre état de vie.
Souvenons-nous, l’évangéliste a commencé par nommer les Douze, et cette seule énumération nous a fait prendre conscience que c’est par notre simple humanité, tout à la fois promise à la divinisation et marquée par le péché, que Dieu veut passer. Il faudrait, aux noms de Jacques, Barthélémy, Matthieu, Pierre…, substituer nos propres noms. La mission, l’annonce de l’Évangile, communiquer la bonne nouvelle à nos frères et sœurs, cela regarde chacun de nous, ce n’est pas l’affaire d’un service diocésain ou d’un bureau au Vatican ! Quels moyens concrets vais-je prendre cette semaine pour témoigner de ma foi ?
L’essentiel de l’annonce tient en quelques mots : le Royaume des cieux est tout proche. On peut même dire qu’il s’est approché, de façon vivante, en la personne du Christ. Cette proximité brise définitivement la solitude de l’homme. Je ne suis plus seul ! Comme nous l’entendions la semaine dernière, le Seigneur est avec moi, et il m’appelle à tout moment. Devenir le prochain de mon frère, n’est-ce pas le meilleur moyen de manifester cette proximité du Royaume ? La révélation chrétienne n’a rien d’un message ésotérique ; la recherche d’un Dieu caché, la découverte d’un royaume invisible, d’un trésor enfoui, c’est avant tout un accueil de l’amour de Dieu, pour que nous en devenions à notre tour des sources jaillissantes.
Pour la mission, point ni besoin d’un matériel pédagogique encombrant, d’une logistique coûteuse ! Le Christ pauvre nous demande de voyager léger, car il sait que, depuis qu’il s’est sédentarisé, l’homme a tendance à accumuler et donc à s’alourdir. Dans la mission, il faut retrouver un certain nomadisme, qui peut être aussi une grande souplesse à accueillir la nouveauté de l’Esprit. Les pauvres de cœur sont naturellement sensibles à ce que suggère l’Esprit, ils sont disponibles, à la fois solidement enracinés dans un désir d’écoute, et en même temps, pauvres des solutions toutes faites, des routines aussi confortables que stériles. La démarche synodale que nous vivons depuis quelques années, n’est-elle pas une illustration de cette bonne légèreté du disciple ?
Dans son discours, le Christ a de longs développements sur la persécution. Il sait bien que toutes les instances de pouvoir mises en place dans la société, que ce soit dans la Galilée du 1er siècle ou la France du 21e, s’opposent à l’annonce de la Parole. Nous sommes donc prévenus ! Non pas pour développer une mentalité victimaire, quelque peu complaisante à la souffrance, prompte à condamner le monde. Mais pour bien savoir sur qui nous prenons appui. Jésus nous promet l’assistance de l’Esprit, qui parlera toujours dans nos cœurs attentifs à sa présence. Il nous exhorte au courage, à une fidélité inspirée de la sienne. C’est aussi à la bonne insouciance que l’on reconnaît le chrétien, le disciple missionnaire. Si tous nos cheveux sont comptés, c’est que Dieu est présent à nos moindres actes, à nos moindres pensées. Il saura ainsi, lors du jugement, rétribuer un bon désir qui n’a pas pu éclore, un geste de charité que personne n’a su, une générosité à se donner jusqu’à perdre sa vie. Face à la persécution, à toutes les formes d’indifférence et de rejet, appuyons-nous sur lui, notre Père qui voit dans le secret !
La frontière du rejet peut passer dans notre propre famille, c’est ce que souligne l’Évangile d’aujourd’hui. Plus exactement, nous sommes appelés à nous ouvrir à toujours plus grand. Il ne s’agit pas de ne pas aimer ses proches, mais de distinguer l’amour du prochain et l’amour de Dieu. Distinguer pour unir. Articuler l’un à l’autre. Je ne peux avoir pour mon père ou ma fille le même amour que pour Dieu. Tout simplement parce que la personne de Dieu est d’une autre nature. C’est lui qui m’a créé, et qui aujourd’hui m’envoie à la rencontre de mes frères et sœurs. L’adoration, la contemplation du visage du Christ, la méditation de sa parole, tels sont les actes d’amour caractéristiques de notre relation à Dieu, et qui ne seraient pas du tout appropriés envers le prochain. En revanche, c’est bien au prochain qu’il faut donner un verre d’eau fraîche, un coup de fil amical, un soutien financier… Et tous ces gestes, accomplis au nom du Christ, montrent bien que la charité prend sa source plus haut que le prochain.
Nous fêterons demain saint Pierre et saint Paul, colonnes de l’Église, exemples très contrastés de ces missionnaires que nous sommes appelés à devenir. La couleur liturgique de cette fête, vous le savez, est le rouge. Et c’est ce jour-là qui est choisi pour célébrer les ordinations des nouveaux prêtres. Donner son sang, donner sa vie pour le Christ, c’est toujours d’actualité. La moyenne d’âge des missionnaires est certes plus élevée qu’au XIXe siècle, par exemple, et il n’y a pas que le martyre qui soit signe d’une vie offerte par amour du Christ. Consentir à tout perdre pour lui, à se laisser manger comme lui, c’est de notre part – le Sacré-Cœur nous en donnait l’illustration il y a huit jours – avoir un cœur ouvert. Si nous disons que nous avons tout perdu, c’est pour ajouter immédiatement que rien ne nous séparera de l’amour du Christ. Il ne nous fera jamais défaut. Et c’est lui qui, par nos cœurs transpercés, par nos mains ouvertes, par nos vies données, peut répandre dans le monde ses fleuves d’eau vive. Buvons à présent à la source de cet amour intarissable.