Juillet 2026 au monastère : Chronique du temps qui passe

La première semaine de juillet, la température est redevenue plus clémente, ce qui allège la tension montante à l’approche du samedi 4 et de la fête de ce jour.
Le 3, le monastère ressemble à une ruche : dans le jardin du cloître et devant le magasin, la famille Bécard monte deux barnums blancs ; à la cuisine, frère Guillaume s’affaire devant ses fourneaux ; frère Brice, dans sa cellule, achève le montage du diaporama qui passera en boucle, demain, dans la salle d’accueil ; Quentin, notre peintre, enduit le mur nord de l’atelier, endommagé par les intempéries des dernières décennies ; frère Bernard est sur tous les fronts ; frère Étienne et frère Paul-Emmanuel essaient de suivre, et préparent, à leur train, le réfectoire qui doit, dès ce soir, accueillir les cinq sœurs venues du Bec et d’Abu Gosh, ainsi que le prieur de l’abbaye du Bec, frère Dieudonné, et frère Joseph, de Maylis. Nous sommes donc treize au chœur, pour les vêpres. Après le dîner, nous nous retrouvons tous pour un échange de nouvelles, et surtout pour évoquer les grandes heures de l’histoire des deux monastères de Mesnil, masculin et féminin, ces cinquante dernières années : grâce de paix et de communion dans cette mémoire partagée.
Le 4, pour ce cinquantième anniversaire de l’arrivée au monastère de frère Michel, le 2 juillet 1976, la messe est présidée par notre évêque, Mgr Joly, entouré de 8 prêtres du diocèse et de plus d’une centaine d’amis. Némo et Maxime, nos fidèles amis, servants d’autel de la cathédrale, officient comme acolyte et thuriféraire et participent activement à l’accueil, avec Ludivine et Carl. Au chœur, nous sommes quatorze, rejoints par frère Martin, le nouveau prieur claustral de La Pierre-qui-Vire. La liturgie est très priante et les chants soutenus. Aussitôt après la liturgie, nous nous retrouvons tous, dans le cloître, pour un vin d’honneur familial, au cours duquel frère Michel brosse un tableau fleuri de ses débuts, seul dans une maison en triste état. Frère Bertrand et frère Étienne arriveront en renfort, le premier en 1977, le deuxième en 1979. Une cinquantaine de personnes restent pique-niquer, à l’ombre des tentes. Dans l’après-midi, tous peuvent regarder le diaporama, que frère Michel commente, au fur et à mesure que défilent les visages, les chantiers, les aménagements successifs de la maison. Frère Brice conclut la visite par une brillante présentation du laboratoire de Limoinecello, se gardant bien tout de même de dévoiler le mystère de cet élixir sur lequel les anges se penchent avec convoitise, reconnaissons-le bien humblement…
Les jours suivants, nous retrouvons des températures à cuire un œuf sur une pierre au soleil. Nous aménageons horaires et tenues liturgiques, car la chapelle est un four, et les nuits une étuve. C’est maintenant la retraite des oblats qui se profile, en fin de semaine. Prendre de la hauteur devient urgent, pour récupérer. En fait, nos familles et nos amis avaient pressenti cette urgence, lors du jubilé de frère Étienne et de frère Paul-Emmanuel, en nous offrant un vol en montgolfière. Le 8, donc, nous sommes à Saint-Lupien, dès 5h30, devant le hangar d’Emmanuel Legros, où nous ont déjà précédés 8 autres passagers. On nous embarque, ballon et personnes, vers un champ propice au décollage. Sur place, tout le monde participe au déploiement de la toile et à son gonflage. Le plus difficile, pour les plus de 70 ans, est de se hisser dans la nacelle… Une fois installés, il n’y a plus qu’à s’abandonner aux caprices du vent, le pilote, tout de même, maîtrisant parfaitement l’altitude en injectant dans le ballon un gaz chaud. Une heure à couper le souffle ! La campagne champenoise est un damier jaune et vert, coupé de routes et parsemé de bosquets de sapins ; de ci de là, un dolmen, que contournent les sillons, un chevreuil, qui évolue au pas d’une fourmi, une voiture, comme les Dinky Toys autrefois ! Aucun bruit, sauf celui du chalumeau qui nous fera grimper jusqu’à 600 mètres ! 15 km de vol, environ ! La descente est sans histoire, et nos chauffeurs, qui ne nous ont pas perdus de vue, nous attendent à l’atterrissage. Nous participons tous au repliage du ballon, recevons notre certificat de bonne conduite et rentrons au monastère, regonflés.
Les oblats arrivent dès vendredi soir, en fait ce sont sept oblates ! Le partage du samedi est nourri par les réflexions de Jean-Pierre Longeat, ancien abbé de Ligugé, dans son livre récent : Être moine aujourd’hui, une vie alternative. Frère Michel leur parle, plus librement, de la genèse de la reprise de la vie monastique à Mesnil, au moment où le Bec était sur le point de se séparer du monastère. Dimanche matin, le 12, partage d’Évangile, messe, déjeuner, ensemble, dans la grange. Celles qui n’avaient pas vu le diaporama du 4, peuvent le visionner, dans l’après-midi.
Le 13, la vie ordinaire reprend son cours, toujours sous un soleil de plomb. Frère Brice, du 13 au 15, est à Amiens, où il rend visite à un ami très cher.
Le 15, arrivent, pour les vêpres, une douzaine de ‘grands marcheurs’, jeunes Aubois qui participent à la semaine annuelle de marche, organisée par l’école de prière du diocèse. Cette année, le thème est : en quoi nos cinq sens participent à notre vie chrétienne ? Les trois derniers jours de ce pèlerinage sont toujours dédiés à une méditation sur le mystère pascal : jeudi saint, vendredi saint, samedi saint/vigile pascale. Hébergée au Logis des Fossés, cette troupe reprend la route, pour Estissac, dans l’après-midi du 16.
Dimanche 19, nos cinq jeunes amis de la cathédrale, confirmés à la Pentecôte, et une catéchumène passent la journée avec nous. Nous envisageons avec eux une suite à donner à leurs visites maintenant régulières.
Le 20, après le déjeuner, frère Bernard part à l’ermitage, retraite plusieurs fois remise, enfin réalisable. Avant de s’absenter, il a remis en état de marche l’atelier de faïence, dans son format maintenant réduit.
Jeudi 23, nous recevons au moment du dessert l’équipe de cuisine de l’IMPRO voisin, prestataire de nos déjeuners depuis un an.
Le 27, ayant fait le plein d’énergie dans la forêt des Riceys, là où se trouve notre ermitage, il reprend l’émaillage, interrompu depuis de nombreux mois, en raison de l’aménagement du laboratoire de Limoinecello et de gelée de citron. F. Guillaume s’est également remis au décor, le magasin ayant bien besoin d’être regarni.
Le 29, grande opération communautaire de remplissage, capsulage, étiquetage, emballage, stockage de près de 500 bouteilles de limoncello ! La prochaine et dernière cuvée de l’année sera réservée pour Noël.
Le 31, nous partons, pour la journée, à l’ermitage, au lieu-dit la croix des quatre arbres, où une tradition locale situe des dialogues entre saint Bruno, séjournant alors à Sèche-Fontaine, et saint Robert, venu de son abbaye de Molesme, à deux pas, tout près du lieu où le jeune Ernest André, notre père Emmanuel, reçut son « idée du moine », préfigurant sa vocation monastique. Nous sommes au lendemain de l’anniversaire de la pâque du père abbé Paul, qui aurait aimé connaître ce lieu cher à son cœur.