4ᵉ dimanche de Pâques, 26 avril 2026
(Ac 2,36-41 ; Ps 22 ; 1 P 2,20-25 ; Jn 10,1-10)

Dimanche du Bon pasteur, dimanche de la prière pour les vocations, dimanche de l’Église, pourrait-on ajouter… autant de thématiques qui se croisent et s’enrichissent. Elles se lisent en filigrane dans chacune de nos trois lectures, sans parler du célèbre psaume 22 : « Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien. » Au centre de ce déploiement, se trouve la figure du Christ, avec sa manière si étonnante de se situer à notre égard, à l’égard des disciples et sans doute de chaque être humain.
Étonnante car modeste, progressive : plutôt que de se qualifier directement de berger, ce qui, au fond, dans l’univers biblique, est une revendication divine, tant Dieu s’est, de longue date, défini comme le pasteur d’Israël, son peuple, Jésus use ici d’abord de l’image de la porte : « Moi, je suis la porte » et même, en amont, il se dépeint comme « celui qui passe par la porte ». D’importance capitale est ce mot de porte, surtout lorsqu’il qualifie l’idée d’entrer, de passer par la porte. Passer, nous reconnaissons là le verbe de la pâque, le passage de Dieu au milieu de son peuple pour le délivrer, le passage du Christ par les souffrances de sa passion et les eaux de la mort pour nous donner le pardon et la vie. C’est l’objet de la catéchèse de Pierre dans les deux premières lectures. De la seconde, retenons si vous le voulez deux expressions qui résument tout ce mystère pascal que nous célébrons, cœur de notre foi : « le Christ s’abandonnait à celui qui juge avec justice », voilà la confiance absolue de Jésus en son Père, son acte de foi filiale, qui fonde notre foi ; avec lui, nous pouvons nous abandonner avec totale confiance à Dieu ; « afin que morts à nos péchés, nous vivions pour la justice », après la porte d’entrée, voici décrit le résultat, notre justification, le pardon de nos péchés, la grâce qui nous est faite de vivre renouvelés par l’Esprit du Christ. De l’errance dans nos égarements, dans nos enfers, nous sommes retournés vers notre Berger, le gardien, littéralement l’évêque, episcopos, de nos âmes. Voilà bien le seul Évêque, avec une majuscule, de l’Église, le Christ, qui délègue son pouvoir, son service à ses apôtres et à leurs successeurs, les évêques, entourés du collèges des prêtres.
Jésus est donc berger de son peuple, parce qu’il est d’abord la porte, Agneau innocent, sacrifié pour la vie du troupeau : « par ses blessures, nous sommes guéris. » Et cela lui confère trois traits caractéristiques, mais sans doute pourrions-nous en énumérer d’autres : la délicatesse, la science, la liberté.
Délicatesse, car si d’autres faux bergers et mercenaires de tout poil, ils sont légion aujourd’hui, escaladent les murs, violent les clôtures, s’emparent des consciences, lui passe par la porte, il s’arrête à la porte de notre conscience et il frappe patiemment, attendant que nous lui ouvrions : « Je me tiens à la porte et je frappe », dit l’Apocalypse, « si quelqu’un m’ouvre la porte, j’entrerai, je souperai avec lui… » (Ap 3,20). Puisque nous sommes créés à son image, il a un respect infini de cette liberté qui, jamais, ne force la porte de l’amour.
Science, car il nous connaît intimement : « ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir. » Seule une connaissance amoureuse de notre cœur blessé, anxieux, peut nous sortir de l’enclos de nos enfermements, de nos doutes, de notre désespoir peut-être. ‘Infiniment plus que tu ne le peux imaginer, tu as du prix à mes yeux et moi, je t’aime’ (cf. Is 43,4) et je t’espère, nous dit-il sans relâche. Pour toi, je me suis livré afin de te délivrer.
Liberté royale, enfin, car celui qui vient ainsi nous chercher, nous débusquer parfois dans nos tanières, nous appelle à nous lever, à le suivre, à entrer et sortir : entrer dans l’Église, son Corps, faire communauté avec nos sœurs et nos frères, sortir pour devenir berger à notre tour. En nous lançant cet appel, il nous donne notre vocation, qui va nous combler de joie car nous saurons qu’avec lui, notre Berger, nous réalisons notre mission, notre don le plus profond, nous trouverons ce caillou blanc où est gravé notre nom pour l’éternité (cf. Ap 2,17).
Chers jeunes de l’Église chaldéenne, il est possible que parmi vous certains soient appelés à suivre Jésus dans le sacerdoce ou une vie consacrée. N’ayez pas peur de lui dire oui, quel que soit l’appel au demeurant, car il vous, il nous précède toujours sur la route. C’est lui qui marche à notre tête, dans sa délicatesse, sa science des âmes et sa liberté souveraine. Il est venu pour que, lui répondant, nous ayons la vie, la joie en abondance.