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Commentaire de la règle

Prologue de la Règle, v. 33-38

Fr. Guillaume

Un peu plus haut dans le Prologue, citant le Ps 14,1, saint Benoît demandait : « Qui reposera sur ta sainte montagne ? » Sainte montagne de l’Athos, de la Chartreuse ou de Tamié, lieu de rencontre emblématique de l’homme avec son créateur, depuis la révélation sur le mot Sinaï. La montagne réapparaît ici, avec la citation du discours du Christ sur la montagne, dans laquelle l’image du roc prolonge la métaphore.

S’élever pour rencontrer Dieu, certes, mais il ne faut pas négliger les fondations. Celles de la cathédrale d’Amiens font 8 m de profondeur – et huit siècles plus tard, la nef de 42 m de hauteur fait toujours raisonner la louange du Très-Haut ! Fonder sa vie sur le Christ, c’est répondre de tout son être à celui qui nous a tout donné en ce donnant lui-même. De notre part, cela s’appelle la conversion : répondre à l’appel par des actes, et non de pieux discours, corriger ce qui est mauvais, changer de vie, se convertir… Autant d’expressions qui caractérisent le sérieux de notre engagement. Le désir est premier, fondamental. Mais s’il ne s’exprime pas concrètement, nous restons comme le jeune homme riche qui s’en va tout triste.

Le but de la conversion cependant n’est pas de lutter contre soi-même, c’est là une étape, mais l’ascèse n’est pas sa propre fin. Le but, c’est la vie, mot qui revient plus de 30 fois dans la Règle et qui fait ici écho à l’appel initial (« Quel est l’homme qui aime la vie ? » Ps 33,13). Il s’agit de « changer de vie », car le désir du Seigneur, ce n’est pas « la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive » (v. 38, citant Éz 18,23). L’amour de la vie fait gravir des montagnes : sursaut d’espérance pour soi-même, geste pour un frère ou une sœur qui se noie, courage irraisonné inspiré par l’Esprit…

Sur notre chemin de conversion toujours à reprendre, confions-nous à notre Mère, Notre-Dame de la Sainte-Espérance. Si nous lui demandons de nous convertir, n’est-ce pas pour qu’elle nous prenne par les épaules, au besoin pour nous secouer, mais toujours avec tendresse, pour nous rapprocher de son Fils, qui est La Vie ?