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Homélie

Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie

Fr. Guillaume

(Ap 11,19a et 12,1-6a.10ab 1 Co 15,20-27a Lc 1,39-56)

L’icône de la Dormition de Marie ne nous révèle-t-elle pas le paradoxe de cette fête ? Elle est couchée, entourée des apôtres qui la pleurent. Mais derrière elle, vrai centre de l’icône, le Christ porte l’âme de Marie, pure comme celle d’un petit enfant. Marie n’attire donc pas les regards à elle, personne ne lève les yeux au ciel pour suivre son Assomption ! C’est son Fils qui la glorifie. La gloire de Marie, que nous célébrons aujourd’hui, est d’être cachée derrière celle de son Fils. Servante du Seigneur, elle n’a pas eu besoin d’une sorte de triomphe final, mais reçoit de l’unique Sauveur à la fois la grâce de son Immaculée Conception et celle de sa montée au ciel, corps et âme. Aujourd’hui, Marie entre dans la vie nouvelle des enfants de Dieu. Si nos corps devront attendre la parousie, la fin des temps, pour être glorifiés, celui de Marie l’a été aussitôt.

« Bienheureuse, celle qui a cru! » Toute la gloire de Marie, selon ce que nous enseignent les Écritures, ce n’est pas d’avoir fait des miracles, ni d’être sans péché, ni même d’être la mère du Sauveur, car ce qui caractérise Marie, selon l’Évangile, c’est sa foi. Jean-Baptiste lui-même semble avoir douté, lorsqu’il fait demander à Jésus : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » Marie, elle, s’abandonne entièrement au dessein de Dieu. Si, en ce jour de son Assomption, « elle est le commencement et l’image de ce que deviendra l’Église en sa plénitude, (…) signe d’espérance et source de réconfort pour le peuple encore en chemin », pour citer la préface de cette messe, si elle nous montre le chemin, c’est par sa foi.

En effet, notre condition n’est pas très différente : nous cheminons dans une vallée de larmes dont, parfois, nous ne voyons pas du tout où elle peut mener. À cause de la maladie, des désunions familiales, sans parler des guerres, des catastrophes et de tous les malheurs que l’homme peut rencontrer dans sa vie, plus rien n’a apparemment de sens. C’est ici que, nous autres chrétiens, sommes envoyés dans ce monde pour rappeler à nos frères et sœurs dans la détresse qu’ils ont une mère ! Comme le chantait saint Bernard, « Si les vents de la tentation s’élèvent, si tu rencontres les récifs des tribulations, regarde l’étoile, invoque Marie ».

Pour pouvoir être nous-mêmes de bons anges, qui prenons la main des hommes et des femmes désemparés, nous devons affermir notre foi. Le Magnificat chanté par Marie, c’est bien sûr une action de grâces pour les merveilles de Dieu, mais c’est aussi l’énumération des raisons de sa foi. La foi n’est jamais sans raison ! Notre Dieu n’est pas une entité abstraite, il est le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Il a planté sa tente parmi nous, il s’est inscrit dans l’histoire humaine, il a fait alliance avec son peuple, Israël, et à travers Israël, avec toute l’humanité.

Ainsi, lorsque, « dans sa fureur contre la femme, le dragon porte le combat contre le reste de sa descendance, ceux qui observent les commandements de Dieu et gardent le témoignage de Jésus », comme le dit la suite du texte de l’Apocalypse (12,17) que nous avons entendu en première lecture, lorsque nous sommes aux prises avec le Malin, lorsque le combat spirituel semble nous dépasser, tournons-nous vers Marie. Elle a écrasé la tête du serpent ! En toutes nos chutes, elle nous aide à nous relever. Elle n’est pas une mère captatrice, mais nous tourne toujours vers son Fils. C’est bien le sens de la prière à Notre-Dame de la Sainte Espérance : convertissez-nous !

Ô Marie, tu nous ouvres aujourd’hui le chemin de la béatitude, car tu as vécu cette première béatitude : « heureuse, celle qui a cru ». Que ta foi fortifie la nôtre dans les bons jours et les moins bons. Que ton exemple nous tourne vers les humbles et les affamés. Et donne-nous de voir les merveilles de Dieu, dans les moindres choses de la vie, pour qu’à notre tour, nous chantions : Magnificat !