RB 41 : À quelle heure les frères doivent prendre leurs repas – 20 juillet 2026

Plusieurs traits sont à relever dans ce chapitre.
– Concernant les repas, la notion de jeûne implique qu’il y a au moins un repas par jour – l’ascèse consistant à en différer le moment, surtout pendant le carême. D. Guillaume Jedrzejczak dégage la signification de ce décalage : la vie monastique est attente de la Parousie, désir de l’avènement du Christ. Refréner nos pulsions, nos désirs, c’est marquer dans notre corps la place première de Celui qui vient.
– L’ascèse n’est pas laissée à notre libre arbitre : « C’est à l’abbé d’en juger. » Et la préoccupation de ce dernier n’est pas de former des champions de l’ascèse, mais le salut des âmes (qualiter et animae salventur, à traduire plutôt par : « que les âmes soient sauvées »).
– Pour cela, éviter le murmure, zizanie que l’ennemi veut toujours semer dans le champ communautaire. Or, l’abbé peut être la première cause de murmure, s’il est trop dur. la souplesse requise par Benoît dans la pratique de la Règle, en particulier « si la chaleur de l’été est excessive », nous oriente sur une voie moyenne, de régularité alimentée par la charité. S’en écarter, c’est encourir le risque d’une juste protestation, signe d’ailleurs de santé de la communauté, qui n’est pas une secte, un groupe sous emprise.
– Enfin, une autre originalité de saint Benoît est son insistance pour que « tout se fasse de jour. » On retrouve la notion de veille, d’attente du Jour du Seigneur, anticipée dans une existence qu’il illumine déjà. Le chapitre suivant, sur le silence après complies, développera cette notion d’une nuit habitée par la prière et le désir de Dieu.
Sous l’apparence très banale de réglages d’horaires, la Règle dévoile donc une théologie du temps, dont la liturgie est la principale illustration : « Au matin, je me prépare pour toi » (Ps 5), avons-nous chanté à matines. Et à vêpres, nos mains s’élèvent « comme l’offrande du soir » (Ps 140). Notre vie la plus quotidienne nous prépare à accueillir celui qui a dit : « Voici que je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui ; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi » (Ap 3,20).