St Jean-Baptiste

Une fois n’est pas coutume, c’est en faisant un détour par le futur que nous allons introduire les propos de ce jour. Un saut de puce de trente ans qui nous emmène jusqu’aux rives du Jourdin, à l’instant où des hommes missionnés par les autorités religieuses de Jérusalem pour enquêter sur ce prédicateur à succès qu’était devenu le Baptiste lui posaient cette question :
« Qui es-tu… Que dis-tu de toi même ? »
Il aurait pu répondre « mon nom est Yohanan ben Zacharias – Jean Fils de Zacharie – d’Ein Karem, prêtre de renom » au lieu de quoi il rétorqua « Comme le dit le prophète Isaïe, je suis la voix de celui qui crie dans le désert : rendez droit le chemin du Seigneur »
Ils étaient lévites, ils étaient prêtres, et pourtant ces enquêteurs n’y ont vu que du feu : il n’ont pas soupçonné l’ombre d’un instant que cet homme chichement vêtu et à la parole libre, courageuse et pénétrante, a été l’un des leur ; issu de la même caste sacerdotale qu’eux et depuis en rupture de ban. C’est dire si cette rupture a été radicale, parfaite. Et la couverture sur son ancienne vie, sans faille.
Se doutaient-ils seulement qu’ils parlaient à un homme qui faisait renaitre de ses cendres l’esprit du prophétisme un peu plus de 400 ans après qu’un palmiste se soit plaint : « Nous ne voyons plus de signes; Il n’y a plus de prophète, Et personne parmi nous qui sache jusqu’à quand… » (PS 74, 9)
Et aujourd’hui, se doutent-ils les commentateurs de la naissance de Jean qui se demandent « que sera cet enfant ? » que le fils d’Elisabeth et de Zacharie se présenterait quelques trente ans plus tard comme le fils d’Isaïe ? Qu’il serait ce fils de prêtre interpellé par cette autre parole de ce prophète devenu son maitre à penser :
« Je ne prends point plaisir au sang des taureaux, des brebis et des boucs… Cessez d’apporter de vaines offrandes : J’ai en horreur l’encens… Je ne puis voir le crime s’associer aux solennités.
Lavez-vous, purifiez-vous, Otez de devant mes yeux la méchanceté de vos actions ; Cessez de faire le mal. Apprenez à faire le bien, recherchez la justice, Protégez l’opprimé ; Faites droit à l’orphelin, Défendez la veuve. » (Is 1,11 à17) Tout un programme de sainteté à la portée de tous auquel Jean s’est rallié, et n’a eu de cesse de faire connaitre aux foules venues se faire baptiser par lui au Jourdain.
Jean Baptiste, c’est ce repenti d’une caste sacerdotale décriée par le peuple pour sa compromission avec le pouvoir romain et son immodérée appétence pécuniaire, qui n’a eu de cesse d’offrir le seul sacrifice qui plaise à Dieu ; et appelé par lui à faire renaitre l’esprit prophétique en replaçant au centre du jeu du salut la justice, la miséricorde, la défense des petits, pour paver le chemin du Messie et restaurer dans sa plénitude la loi : loi de justice, de miséricorde et d’amour. Et aucune de ces facettes ne va sans l’autre ni ne saurait être considérée comme supérieure à l’autre.
Jean est le premier représentant d’une nouvelle lignée de prophètes qui ne doit plus s’éteindre et dont nous, les baptisés, sommes les héritiers. Un lanceur d’alerte qui n’a de cesse de nous rappeler combien la foi est fragile, corruptible, et ne saurait être protégée par les seuls prestiges d’une institution – qu’elle soit-celle du Temple ou de l’Eglise – , d’une civilisation et de ses réalisations.
Contre l’usure du temps, de la routine et des petits arrangements avec notre conscience qui menacent la foi, seul compte l’esprit de prophétisme et de conversion laquelle n’est autre qu’une vigilance du coeur de tous les instants.
N’oublions pas frères et soeurs : l’oeuvre d’amour opérée par le Christ n’est que la continuation de l’oeuvre de conversion initiée par la Baptiste. L’une ne va pas sans l’autre.
Tout baptisé est la fois disciple du Christ et de Jean.
L’amour est le résumé de la Loi dira plus tard Jésus. Qui donc peut résumer un livre si ce n’est son auteur et le lecteur qui l’aura lu jusqu’au bout ?
Jean a exhumé le livre des commandements de Dieu, Jésus l’a résumé pour nous donner envie de le lire. Ne le laissons pas prendre à nouveau la poussière mais lisons le pour le résumer à notre tour afin de donner à d’autres générations l’envie d’en savoir plus.
Puisse l’Eglise ne jamais perdre l’esprit de prophétisme.