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Commentaire de la règle

RB 56, De la table de l’abbé

Fr. Guillaume

Les archéologues ont prouvé qu’à l’abbaye du Mont-Cassin, saint Benoît avait sa cellule au-dessus de la porterie – c’est un peu ce que nous vivons ici, mutatis mutandis ! C’est bien, inscrit dans la pierre, le signe de son souci des hôtes, manifesté dans ce court chapitre et surtout dans le beau chapitre 53, d’où nous avons extrait la phrase qui accompagne le lavabo désormais proposé aux hôtes. Geste liturgique qui, dans sa simplicité, signale un seuil et aide à entrer dans ce cadre inhabituel du réfectoire monastique. Nos hôtes, et nos hôtesses, sont honoré.e.s de partager notre table – car c’est désormais celle de la communauté, et non plus celle de l’abbé seul.

Le respect du silence, l’écoute communautaire de la lecture, et surtout les prières de bénédiction, tout solennise, dans une « noble simplicité », cet espace et ce temps. La mensa, la table, et ce qui s’y trouve, est lieu de communion et d’unité, car un chrétien ne peut plus prendre son repas sans penser à la Cène. Comme le dit Benoît Standaert, « tout peut devenir épiphanie christique », même un repas du temps le plus ordinaire. Dans le laps de leur séjour parmi nous, nos hôtes découvrent quelque chose de cette sacralité qui révèle, dans nos us et coutumes, la gloire du ressuscité.

La liturgie du quotidien, dont l’épisode d’Emmaüs pourrait être l’emblème, ne devrait-elle pas être la boussole de nos relations aux hôtes ? Prudent sur le sujet, saint Benoît renvoie ici à l’essentiel : l’hôte est accueilli comme le Christ, par l’abbé, en qui c’est le Christ qui invite. S’il ne nous est « pas permis de parler avec un hôte » (RB 54,24), c’est que tout, de nos attitudes et de nos paroles, doit le renvoyer au Christ. Faisons tout pour faciliter la rencontre dont il a soif. Comme des serviteurs, effaçons-nous devant notre Maître : nous habitons sa maison, ce monastère est le sien, l’Église est son épouse. Cela devrait nous décharger de bien des soucis !