RB 19 « De la tenue pendant la psalmodie »

Héritier des écrits des Pères sur la prière, notamment des traités d’Origène, Tertullien et Cyprien, qui développent ce que doit être l’attitude extérieure et intérieure de celui qui prie, saint Benoît insiste, dans ce court et beau chapitre, sur le regard de Dieu. Saint Cyprien déjà écrivait : « Nous savons Dieu présent partout, il entend et voit tous les hommes : le regard de sa majesté souveraine pénètre jusque dans le secret » (Dom. orat. 8). Ces derniers mots sont bien sûr une citation du Discours sur la montagne, où le Christ affirme à trois reprises que Dieu, notre Père, voit dans le secret (cf. Mt 6,4.6.18).
C’est le Christ, visage du Père, qui nous a révélé son regard. Pour l’avoir vécu lui-même, il nous incite à nous libérer du souci des apparences – qui taraude les pharisiens hypocrites lorsqu’ils veulent montrer aux hommes qu’ils jeûnent, prient ou font l’aumône. Il veut nous donner part à la joie d’exister dans le regard de Celui qui nous a faits, qui nous donne de tenir debout – les mots adsistere et stare, v. 2 et 7, ne sont malheureusement pas traduits ici. Or la station debout symbolise, dans l’attitude de celui qui prie, la victoire du ressuscité. Tel est le désir du Père, incarné en Jésus-Christ : que nous soyons des hommes debout, des vis-à-vis de la gloire à laquelle nous commençons à communier dès ici-bas, dans la prière. En ce sens, prier, c’est bien être là, participer à l’opus divinum (v. 2), à cette œuvre de création et de salut achevée dans le mystère pascal, et qui rayonne jusqu’à la consommation des temps. Bien loin de nous juger pour notre insuffisance, notre somnolence ou nos distractions, le regard de Dieu et de ses anges est une lumière qui nous attire vers le buisson ardent de sa miséricorde.Il vaut la peine, et c’est à reprendre chaque matin, de « faire un détour pour voir cette grande vision ». Alors nous entendrons une voix pleine de tendresse nous déclarer : « J’ai vu la misère de mon peuple » (Ex 3,3.7). Car la contemplation d’un Dieu de miséricorde fait de nous des missionnaires envoyés à nos frères, dans une prière d’intercession ininterrompue.