21è dimanche ordinaire – Année A
(Is 22, 9-23 Rm 11,33-36 Mt 16,13-20)

« Pour les autres qui suis-je ? » « Pour vous, qui suis-je ? » Le lieu choisi par Jésus pour poser ces questions a de quoi surprendre. Césarée Philippe : Une petite ville romaine édifiée en contrebas de l’une des sources du Jourdain, et haut lieu régional du culte au dieu Pan, divinité protectrice des bergers et des troupeaux. Un dieu connu pour susciter une peur « panique » au sens étymologique du mot chez quiconque était témoin de ses manifestations. Pas vraiment le genre de sentiment qu’entend susciter en nos coeurs le Christ si doux et humble de coeur.
Là point de miracles, ni de prédication… Du séjour de Notre Seigneur à Césarée Philippe, l’évangéliste Matthieu ne rapporte rien d’autre que cette conversation entre le Fils de Dieu et ses plus proches disciples.
L’explication de ce choix pour le moins incongru est à rechercher dans le récit du périple de Jésus en pays de Tyr et de Sidon qui nous a été conté la semaine dernière. Et surtout dans un petit mot qui passe trop subrepticement par nos oreilles. Souvenez-nous : il é été dit que le Fils de Dieu « se retira dans les territoires de Tyr et de Sidon »
Il se retira… Ainsi donc, Jésus ne s’aventurait pas en terre païenne pour se faire connaitre, ni pour annoncer la Bonne Nouvelle du salut, ni pour accomplir des miracles, sauf y être contraint, mais pour se retirer, se faire discret.
Se retirer en terre païenne… Non pour être seul avec son Père qui est aux cieux – Le désert de judée ou la riante campagne de Galilée avaient sa faveur pour cela – Mais pour être seul avec ses plus proches disciples, loin des pressions sociales, des polémiques plus ou moins stériles et enfantines, et des rumeurs. Et, osons un anachronisme qui a son importance dans les propos de ce jour. Soyons certains que si le Fils de Dieu avait vécu en 2026 : loin aussi du vedettariat des réseaux numériques, de leurs folles rumeurs et injonctions à se conformer aux modes.
Césarée Philippe, n’est pas Jérusalem. Elle n’est pas de ces lieux qui favorisent les transports mystiques et émoustillent les esprits et l’intelligence. Jésus ne pouvait se retirer dans contrée plus appropriée où se fondre dans un anonymat parfait pour sonder dans les meilleures conditions de liberté les coeurs de ses disciples et les amener à se confier ouvertement.
Comprenons frères et soeurs qu’à notre tour nous sommes instamment invité par notre Maître et ami à aller au delà de ce que l’on dit de Jésus, voire de ne pas se contenter de ce que l’Eglise dit de Lui et de risquer une réponse personnelle à cette question qui Lui importe le plus. « Pour vous qui suis-je ? »
Rendez-vous compte frères et soeurs que Pierre n’avait ni catéchisme, ni de théologien ni auteur spirituel derrière qui se réfugier ou sur qui s’appuyer pour répondre à la requête de Jésus ? Il s’est personnellement engagé sans autre filet de sécurité que son amour, son humilité et la lumière de l’Esprit Saint.
Ainsi frère et soeurs sommes nous invité par Jésus à passer de la croyance à la foi, c’est à dire de l’acceptation de ce que les autres disent de Jésus à un consentement personnel éclairé à la lumière d’une rencontre vécue, de l’amour et de l’Esprit Saint et dont seul est capable un coeur libéré du soucis de plaire aux autres, de se conformer à leurs regards et aux modes.
C’est alors que nous devenons une pierre forte et fiable sur qui Jésus puisse compter pour édifier son Royaume.
Oui frères et soeurs, tous nous sommes appelés à la suite de Shimon bar Ionas, à devenir une pierre sur laquelle Jésus puisse fonder son espérance de bâtir une Eglise solide, accueillante et sécurisante. Encore nous faut-il répondre à cette question toute simple « Pour vous qui suis-je ? » Et de nous engager à la suite de Pierre sur un long chemin de conversion fait d’amour, de trahison et de repentance.
Car par où passe Pierre, Jésus est tout proche.