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                Reprenons quelques éléments de la première lecture, de Néhémie : « Esdras ouvrit le livre ; tout le peuple le voyait, car il dominait l’assemblée. Quand il ouvrit le livre, tout le monde se mit debout. Alors Esdras bénit le Seigneur, le Dieu très grand, et tout le peuple, levant les mains répondit : Amen ! Amen ! » C’est amusant : nous sommes, dans ce récit, au beau milieu du cinquième siècle avant le Christ, après le retour de l’Exil à Babylone, et nous avons l’impression d’entendre décrite notre liturgie de la Parole, aujourd’hui. Nous aussi avons béni le Seigneur très grand en chantant le Gloria, nous avons écouté les lectures proclamées par un lecteur qui domine l’assemblée et nous nous sommes levés pour accueillir l’évangile, auquel a répondu notre Amen, « Louange à toi, Seigneur Jésus. » Jésus est l’Amen de Dieu à toutes ses promesses.

          S’offre à nous l’occasion ou jamais, en ce dimanche de la Parole de Dieu et de l’unité des chrétiens, de ressaisir l’intelligence de notre liturgie chrétienne, de percevoir qu’elle s’enracine directement dans la liturgie juive, telle notamment que l’ont fixée les scribes et chefs du peuple quand l’expérience de l’Exil empêchait le peuple juif de célébrer les sacrifices au Temple. Ce qui est alors devenu totalement central, c’est l’écoute de la Loi et des Prophètes dans des maisons de prière qu’on a appelées synagogues, lieu de rassemblement. Expérience que vit Jésus chaque sabbat, les récits évangéliques ne cessent de nous informer de sa présence dans les synagogues : Jésus est un juif pratiquant, pieux. Et puisqu’il s’agit d’une liturgie laïque, non sacerdotale car détachée des sacrifices cultuels, on l’invite à lire l’Écriture, on lui remet ici le rouleau du prophète Isaïe, et tous, dans la synagogue de Nazareth, ont les yeux fixés sur lui, comme le peuple entier, sur la place de la porte des Eaux, à Jérusalem, regardait Esdras lire la Loi. Que de leçons pour nous dans ces textes.

          Tout d’abord, la liturgie chrétienne est un acte communautaire : c’est assemblés en peuple de Dieu que nous écoutons et recevons la Parole qui nous fait vivre et mangeons le Pain de vie. Excusez-moi, mais le Jour du Seigneur sur France 2, c’est très bien, mais ce n’est pas la messe. Rien ne remplace la participation à l’assemblée liturgique. La liturgie, littéralement action de Dieu en faveur du peuple, suppose des hommes et des femmes concrètement rassemblés, sortis de chez eux, de leur individualisme confortable, convoqués par un ordre divin : Assemble-moi tout le peuple, disait déjà le Seigneur à Moïse au pied du Sinaï. Et même, seule l’expérience communautaire nous fait chrétiens : tout sacrement, à commencer par le baptême, est un acte ecclésial. Pas de vie chrétienne sans frères et sœurs à mes côtés.

          Puis, écouter la Parole, ce n’est pas la lire dans mon missel ou sur mon IPhone, sauf si je suis malentendant. « Tous avaient les yeux fixés sur lui. » Un lecteur n’est jamais qu’un homme ou une femme comme vous et moi, mais il est investi d’une mission de proclamation, il parle une Parole qui nous est donnée de Dieu pour devenir nôtre. Cela suppose d’écouter attentivement. Et de comprendre ensemble ce que Dieu veut nous dire dans ces mots anciens qui nous rejoignent aujourd’hui. Voilà le travail des lévites autour d’Esdras, chargés d’interpréter pour le peuple, dans sa langue araméenne, ce que l’Écrit, la Loi, avait fixé en hébreu. Aujourd’hui, nous recevons de nouveaux livres liturgiques, un nouveau Lectionnaire, une nouvelle version du Missel romain, parce que nous cherchons à rejoindre toujours mieux la fidélité au texte originel, écrit, dans une fidélité renouvelée à l’intelligibilité que nous pouvons en avoir dans notre langue.

          Mais ce défi de traduction n’est pas qu’une question de langue, bien sûr. Le véritable traducteur/interprète de la Parole écrite ne peut être que celui qui l’a inspirée, l’Esprit Saint qui parlait par les prophètes, et déjà dans la Loi, et qui nous a définitivement adressé la Parole en Jésus. Le prêtre – pour l’instant, cela lui est toujours dévolu – peut vous faire toutes les homélies du monde, ses propos ne seront jamais qu’un pâle écho de ceux du véritable homéliaste, Jésus, qui pouvait se payer le luxe de faire une homélie en six mots : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre. » Il le peut car il n’y a en lui aucune distance entre la Parole et la Vie, il est la Parole d’amour du Père, empli de l’onction de l’Esprit, qui libère les prisonniers, rend la vue aux aveugles, annonce une année de grâce.

Parole qui nous touche et nous fait pleurer, comme les mots des lévites faisaient pleurer le peuple. Parole qui ouvre notre cœur au partage fraternel, puisqu’elle nous découvre tous membres du même corps. La quête de la messe, c’est cela, c’est cet envoi de parts savoureuses à ceux qui n’ont rien de prêt. Ils sont nombreux ! À coup sûr, nourris de cette savoureuse et substantielle Parole divine, qui fait pleurer, qui fait prier, qui nous fait nous donner et nous recevoir les uns des autres, « la joie du Seigneur sera notre rempart. » Amen.                  

                  

Frère Bernard

Troisième dimanche du temps ordinaire

(Ne 8, 2-4a.5-6.8-10 ; 1 Co 12, 12-30 ; Lc 1, 1-4 ; 4, 14-21)

Troisième dimanche du temps ordinaire

23 janvier 2022